Côte d’Ivoire : le festival Djaka, 20 ans au service de la diversité culturelle
De la sauce Tétchra de Marie France Kouassi aux chants de Godilehiri et aux rythmes country du duo canadien Sugar, la 17e édition du Djaka Festival a mêlé transmission, découverte et ouverture culturelle. Le rideau est tombé dimanche 16 août à Divo, après huit jours de rencontres culturelles, scientifiques, sociales et sportives consacrées aux vingt ans de l’événement.

Ce 14 août 2026, Marie France Kouassi est concentrée devant son foyer. Elle vient de Nébo, une localité située à une douzaine de kilomètres de Divo. Dans quelques instants, elle doit défendre ses chances au concours de la meilleure cuisinière. Dans sa marmite, elle prépare une sauce Tétchra. Elle l’accompagne de foutou. La recette repose sur l’huile rouge, les épices locales et la potasse. Marie France y ajoute de la viande ou du poisson, des aubergines, des tomates, des champignons et du gombo.
La préparation prend environ trente minutes. Le plat figure parmi les spécialités très appréciées en pays Dida. Mais pour Marie France, le concours ne se résume pas à une compétition culinaire. « Je veux que mes filles connaissent ces plats et sachent les préparer », explique-t-elle. Pour elle, transmettre ces recettes revient à préserver une partie de l’histoire familiale.
Son geste résume l’esprit du Djaka Festival. À Divo, cette ville du sud-ouest de la Côte d’Ivoire, située à 188 kilomètres d’Abidjan, la cuisine sert aussi à faire passer les savoirs d’une génération à l’autre.
Une journée entre tradition et découverte
24 heures plus tôt, le festival avait offert une autre illustration de cette volonté de faire connaître le patrimoine Dida. Jeudi, 13 août, la journée commence à Godilehiri, un village situé à une dizaine de kilomètres de Divo. La localité est connue pour une particularité peu commune. Ses femmes chantent l’hymne national ivoirien, l’Abidjanaise, en langue Dida.
La délégation du festival découvre cette pratique au cours de « Djaka Découverte ». Les femmes du village accueillent les visiteurs en habits traditionnels, au son du Wôyô et des chants locaux. Des adolescentes exécutent ensuite des ballets. Des sketchs et des témoignages complètent la rencontre sur la place publique. La délégation est conduite par la présidente du comité international, Mme Kpokpa Jocelyne, et le commissaire général Alexandre Drama Jhronsix.
Au nom des visiteurs, le Dr Dettoh remercie le village. Il remet deux broyeuses aux femmes en signe de reconnaissance. Un repas partagé clôt la visite. De retour à Divo, les festivaliers se retrouvent sur le site du festival, dans le quartier Plateau. Les jeunes des différents quartiers s’affrontent dans un concours de danses patrimoniales et urbaines. La soirée change ensuite de rythme.
Le duo Sugar, la surprise venue du Canada
Vers 21 heures, les concerts commencent. Après l’orchestre de la ville, le duo canadien Sugar prend la scène. Pendant une heure et demie, Joanie et Marie-Soleil imposent leur country festive chantée en français. Le public découvre un univers musical inhabituel dans ce rendez-vous consacré à la culture Dida. « Nous faisons de la musique country, mais festive. Et surtout, nous chantons en français », explique Joanie, la chanteuse du duo. Elle revendique aussi cette francophonie musicale comme un lien avec le continent africain.
À Divo, Sugar ne vient pas seulement donner un concert. Le duo profite de son passage pour tourner le clip de son nouveau titre « C’est bon pour les peines d’amour ». Le morceau est un remix aux sonorités afro réalisé avec une DJ togolaise. « Nous avons choisi Divo pour faire ce clip parce qu’il y a une histoire de cœur qui s’est construite avec les gens, de la façon dont on a été accueillis », confie Joanie.
Le séjour laisse une forte impression aux deux artistes. « J’ai l’impression que c’est comme si on s’y trouvait une famille », ajoute-t-elle. Formé depuis plus de dix ans, Sugar s’est imposé au Canada comme un duo de référence de la country francophone. Il a remporté à quatre reprises un prix francophone de l’année.
Après une tournée en République tchèque et en Allemagne, puis plusieurs concerts au Canada, le duo découvre la scène ivoirienne. Il repart avec l’envie de revenir. Cette présence canadienne marque aussi l’ambition nouvelle du Djaka Festival. L’événement veut désormais multiplier les passerelles entre les cultures.
20 ans de diversité culturelle
Le festival a fermé ses portes dimanche 16 août. Divo, capitale du Lôh-Djiboua, a vécu pendant huit jours au rythme de la 17e édition du Djaka Festival. Cette édition avait une résonance particulière. L’événement célébrait ses vingt ans autour du thème « Djaka 20 ans, regards croisés sur la culture, l’humanisme et les savoirs endogènes ». Jeux traditionnels, danses, concours, concerts, panels et activités sociales ont rythmé les festivités. Le programme a aussi accordé une place importante à la transmission des savoirs et à la valorisation des talents locaux.
Au terme de cette édition anniversaire, Alexandre Drama Jhronsix, commissaire général du Djaka Festival, dresse un bilan positif. Selon lui, plus de 90 % du programme initial a été exécuté. « Le bilan est satisfaisant », estime-t-il. L’organisation a toutefois dû composer avec un programme particulièrement dense. Certaines activités se sont poursuivies jusque tard dans la nuit. Le concours de beauté s’est notamment achevé à 7 heures du matin.

Pour le commissaire général, le thème de cette édition a permis de mesurer le chemin parcouru depuis la création du festival. L’aventure commence en 2006 à Kabia, comme un festival de village. En 2007, l’événement s’oriente vers les jeux et danses traditionnels Dida. Un an plus tard, il s’ouvre aux arts et aux cultures du Lôh-Djiboua et du Grand-Pont.
Vingt ans après, le festival veut franchir une nouvelle étape. La venue du duo Sugar et d’autres artistes venus de l’extérieur illustre cette ouverture.
La culture comme trait d’union
Pour Laurence Sautier, présidente du comité d’organisation, les vingt ans du Djaka Festival représentent davantage qu’un anniversaire. Elle évoque « un pont entre le passé et l’avenir ». Laurence Sautier salue la mobilisation des communautés Dida, Godié, Néo, Avikam et Sokya, ainsi que celle des autres communautés présentes à Divo. Elle retient surtout un message de paix, d’unité et de cohésion sociale. « Nous devons transmettre ce que nous avons reçu aux générations futures », défend-elle. Cette volonté traverse les différentes activités du festival. Elle se retrouve dans les concours, les jeux traditionnels, les spectacles et les échanges autour des savoirs endogènes.
Le comité scientifique a, lui aussi, voulu inscrire le festival dans le temps long. Son président, le professeur Louis Obou, a appelé les jeunes à mieux exploiter leurs talents. « Il faut sortir de la médiocrité », insiste-t-il. Pour l’universitaire, la médiocrité consiste notamment à abandonner une initiative avant son aboutissement. Les formations et les panels organisés durant le festival visaient donc à encourager les jeunes à créer, produire et innover. Il les invite notamment à développer de petites structures capables de porter leurs propres projets.
L’apothéose
Le concours de beauté a également marqué cette édition anniversaire. Danielle Laure Seporah a remporté le titre de Miss Djaka 2026 dans la catégorie deblohon. La nouvelle lauréate veut profiter de son mandat pour sensibiliser les jeunes à un usage responsable des réseaux sociaux. « Je promets un mandat exemplaire », affirme-t-elle. Elle encourage aussi les jeunes filles du Lôh-Djiboua à participer au concours.
La fin du festival a attiré une importante foule. Samedi 15 août, les élites et les communautés de la région se sont retrouvées pour la cérémonie de clôture. Danses traditionnelles et remise des distinctions ont marqué la soirée organisée au Millenium Hôtel de Divo. Les concerts des 15 et 16 août ont ensuite attiré plus de 50 000 spectateurs sur le site du festival, selon les organisateurs. Dimanche 16 août, une procession organisée par la jeunesse de Divo a mis fin aux festivités.
Entre la marmite de Marie France, les chants de Godilehiri et la country francophone de Sugar, le Djaka Festival a montré plusieurs visages d’un même patrimoine. Celui d’une culture qui se transmet, se célèbre et s’ouvre à d’autres horizons.
Après vingt ans d’existence, le rendez-vous de Divo prépare déjà sa 18e édition. Les organisateurs annoncent de nouveaux jumelages culturels et davantage de partenariats avec d’autres scènes et festivals.
Par Shine YAO, en Côte d’Ivoire




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