Tchad : Masra tend la main à Deby et promet de poursuivre le combat
Dans une déclaration très tôt ce 15 août 2026, peu après sa libération par grâce présidentielle, l’opposant Succès Masra a surpris en tendant la main au président Mahamat Idriss Déby Itno. Entre pardon, appel à la réconciliation et volonté de poursuivre son combat politique, le leader des Transformateurs ouvre une nouvelle séquence dans la vie politique tchadienne.

Quelques instants après avoir quitté la prison grâce à une grâce présidentielle décrétée le 14 août 2026 par le président du Tchad, Mahamat Idriss Deby Itno, Succès Masra a retrouvé dans la nuit de vendredi à samedi le siège de son parti, Les Transformateurs, à N’Djamena. Devant des centaines de sympathisants réunis malgré l’heure tardive, l’ancien Premier ministre a livré un discours de près d’une heure, marqué par les thèmes de la gratitude, du pardon, de la réconciliation nationale et de la réforme de l’État.
Dès les premiers instants de son intervention, le chef de file des Transformateurs a placé son retour sous le signe de la reconnaissance. « Finalement tout est grâce », a-t-il répété à plusieurs reprises, affirmant que sa libération relevait à la fois de « la grâce divine, de la grâce du peuple (…) de la grâce présidentielle ».
L’un des passages les plus remarqués de son allocution est son hommage au président Mahamat Idriss Déby Itno, auteur de la grâce présidentielle. « Je voudrais (…) remercier le Président de la République (…) pour la grâce présidentielle. Parce qu’après la grâce divine, vient la grâce présidentielle, sans laquelle je ne serais pas parmi vous ici », a déclaré Succès Masra.
Pardon et main tendue à Deby
Dans une déclaration d’une vingtaine de minutes, l’économiste de 42 ans et ancien cadre de la Banque africaine de Développement, a rappelé qu’il continue de se considérer comme innocent, il a estimé que le chef de l’État « aurait pu (…) décider de me garder là-bas pendant des années », avant de saluer une décision qu’il qualifie de souveraine.
L’ancien Premier ministre a également choisi de mettre en avant le pardon plutôt que la revanche politique. « Oui, est-ce que c’était dur ? Oui. Est-ce qu’il y a eu des souffrances ? Oui. (…) Ces souffrances n’ont jamais altéré ma détermination à continuer à vous servir. Et nous avons pardonné », a-t-il affirmé devant ses partisans. Il a ajouté avoir pardonné « à tous ceux qui nous ont fait du mal », tout en réaffirmant son attachement à la justice et à l’égalité pour le peuple tchadien.
Au-delà du registre personnel, Succès Masra a lancé un appel à une coopération politique avec les autorités. « Notre disponibilité à travailler avec le chef de l’État et avec tous les autres pour faire en sorte que ce pays avance », a-t-il déclaré, en plaidant pour « un cadre de paix » fondé sur la justice et « un cadre d’unité » reposant sur l’égalité entre les citoyens. Il a également affirmé que son séjour en prison n’avait en rien modifié ses convictions : « En prison je n’ai pas changé », a-t-il insisté.
Le plaidoyer pour un « Tchad équilibré »
Le président des Transformateurs a longuement développé sa vision d’un État plus inclusif, défendant un partage équilibré des responsabilités entre les différentes composantes du pays. Il a ainsi plaidé pour « un gouvernement doublement paritaire, moitié chrétien, moitié musulman, moitié homme, moitié femme », estimant qu’un tel équilibre permettrait de renforcer l’unité nationale.
S’adressant directement au chef de l’État, il a salué les avancées engagées dans le dialogue politique avant de l’encourager à aller plus loin : « Je veux féliciter le président et lui dire d’aller plus loin », a-t-il déclaré.
Succès Masra a enfin révélé avoir quitté la prison avec une liste de détenus qu’il estime ne plus devoir être incarcérés. « J’ai laissé là-bas en prison de nombreuses personnes qui n’ont plus rien à faire en prison », a-t-il indiqué, annonçant son intention de transmettre cette liste au président afin que d’autres mesures de clémence puissent être envisagées.
« Nous sommes libres pour vous servir »
Le leader politique tchadien a invité ses partisans à regarder vers l’avenir. « Aujourd’hui nous sommes libres, libres pour vous servir parce que finalement tout est grâce », a-t-il lancé, appelant les Tchadiens à accueillir « un nouveau jour » avec « espérance, courage et détermination ».
À travers cette première prise de parole publique depuis sa libération, Succès Masra a choisi un ton conciliant, mêlant reconnaissance envers le président tchadien, profession de foi religieuse, appel au pardon et réaffirmation de son ambition de participer à la transformation politique du Tchad. Les prochains jours permettront de mesurer si cette main tendue ouvre une nouvelle séquence de dialogue entre le pouvoir et l’opposition.
Arrêté le 16 mai 2025, Succès Masra a été condamné à 20 ans de prison ferme le 9 août 2025 dans le procès relatif au massacre de Mandakao, survenu le 14 mai 2025 dans le Logone-Occidental, qui a fait 42 morts. La justice tchadienne l’a reconnu coupable notamment de diffusion de messages à caractère haineux et xénophobe et de complicité de meurtre.
Ses avocats ont contesté le jugement, affirmant que le dossier était vide et que l’enregistrement avait été sorti de son contexte. Human Rights Watch et plusieurs observateurs ont dénoncé un procès inéquitable et politiquement motivé.
Par MAHAMAT Ben ABDEL




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