Comment le Niger compte réduire son déficit en électricité grâce au solaire
Le Niger dispose actuellement de 294 MW de puissance électrique disponible. Si le gouvernement estime que plusieurs projets permettront bientôt de couvrir la demande nationale dans les principales zones de consommation, le pays reste confronté à un défi de taille : un faible accès à l’électricité, une forte dépendance aux importations et un réseau encore fragmenté.

Présentant, mercredi 22 juillet 2026, l’état du système électrique national, la ministre de l’Énergie, Pr Amadou Haoua, a indiqué que « les moyens de production sont composés de centrales thermiques et solaires photovoltaïques ». Elle a précisé que le Niger dispose d’une « capacité totale installée de 420 MW dont 377 MW thermique et 43 MWc solaire PV. La puissance cumulée disponible est de 294 MW dont 225 MW pour la zone Fleuve, 34 MW pour la zone Niger Centre-Est, 16 MW pour la zone Nord, 2,8 MW pour la zone Est et le reste pour les centres isolés ». La Pr Amadou Haoua a rappelé ce mercredi-là que « le système électrique nigérien est principalement constitué de quatre zones non reliées entre elles (…) soutenu par une centaine de centres isolés qui sont des mini-réseaux locaux alimentés par des petites centrales hybrides et diesel autonomes ».
Cette configuration confirme le diagnostic établi dans le Compact énergétique national du Niger, élaboré avec l’appui de la Banque mondiale. Le document souligne que le système électrique nigérien demeure de taille réduite et fragmenté, avec quatre zones séparées et plus d’une centaine de mini-réseaux fonctionnant principalement au diesel. Il rappelle également que les zones Fleuve et Niger Centre-Est concentrent à elles seules plus de 90 % de la consommation nationale d’électricité et près de 94 % de la population.
Une forte demande
Selon la ministre nigérienne de l’Energie, la zone Fleuve, qui couvre notamment les villes de Niamey, Dosso et Tillabéri, représente à elle seule 70 % de la demande nationale. « La capacité d’approvisionnement de la zone s’élève à 324,4 MW, composée d’une production interne de 224,4 MW et d’une importation de 100 MW », a-t-elle indiqué. La production nationale se répartit entre 144,4 MW issus du parc propre de la Société nigérienne d’électricité (NIGELEC) et 80 MW fournis par un producteur indépendant. Avec un pic de consommation estimé à 260 MW, « en l’absence des importations, le système permet actuellement de couvrir environ 86,30 % de la demande de la zone », a-t-elle précisé.
Pour sortir progressivement de cette dépendance, plusieurs projets sont attendus. « Les perspectives en cours, notamment la centrale de Goudel (30 MW), le projet qatari de 30 MW et la centrale solaire de Dosso (10 MW), permettront à terme de couvrir intégralement la demande de la zone, sans dépendance vis-à-vis des importations », a assuré la ministre.
La zone Niger Centre-Est, qui couvre les villes de Maradi, Tahoua et Zinder, représente environ 20 % de la demande nationale. La ministre a indiqué que le pic de consommation y atteint 89 MW, alors que la production locale ne dépasse pas 34,02 MW, répartis entre 14,02 MW produits par la NIGELEC et 20 MW fournis par le producteur indépendant Istithmar. Grâce aux importations, l’offre disponible atteint 84,02 MW, soit un taux de couverture de 94,4 %. « En l’absence des importations, le système ne permet de couvrir qu’environ 38,22 % du pic de la demande », a-t-elle reconnu.
Des investissements soutenus par la BAD
Les annonces du gouvernement s’inscrivent dans une stratégie plus large de renforcement des capacités nationales de production électrique. La Banque africaine de développement (BAD) accompagne notamment le Projet de développement des centrales solaires et d’amélioration de l’accès à l’électricité au Niger (RANA), destiné à accroître la production d’énergie renouvelable et à réduire la dépendance du pays aux importations d’électricité. L’une des composantes majeures de ce programme concerne la construction d’une centrale solaire photovoltaïque de 10 MWc à Diffa, équipée d’un système de stockage d’énergie par batteries. La NIGELEC a lancé, le 25 juin 2026, un appel d’offres international pour la conception, la fourniture et le montage de cette infrastructure, qui comprend également l’assistance à l’exploitation, à la maintenance ainsi que la formation des équipes de la société nationale d’électricité.
Le marché prévoit un délai de 18 mois pour la réalisation de la centrale et 24 mois supplémentaires d’accompagnement technique après sa mise en service opérationnelle, afin de renforcer durablement les capacités de la NIGELEC dans l’exploitation des infrastructures solaires de nouvelle génération. Ce projet complète les autres investissements annoncés par la ministre de l’Énergie, notamment les centrales de Goudel (30 MW), du projet qatari (30 MW), de Dosso (10 MW) et la future centrale solaire RANA de 20 MW dans la zone Niger Centre-Est, qui doivent permettre au Niger de réduire progressivement sa dépendance aux importations d’électricité.
Une dépendance encore structurelle
Les chiffres présentés par la ministre illustrent une transition déjà engagée, mais le Compact énergétique national, soutenu par la Banque mondiale, rappelle que le Niger demeure largement tributaire des importations d’électricité. En 2022, 71 % de l’approvisionnement électrique provenait du Nigeria, tandis que seulement 23 % étaient produits localement à partir de centrales diesel et moins de 1 % provenait du solaire photovoltaïque, malgré un potentiel parmi les plus élevés du continent. La demande d’électricité augmente par ailleurs de plus de 10 % par an, sous l’effet de la croissance démographique et de l’urbanisation. Le même document souligne que le Niger possède un potentiel exceptionnel en énergies renouvelables, estimé à 10 700 GW pour le solaire et 670 GW pour l’éolien, ce qui constitue l’un des principaux leviers de sa stratégie d’indépendance énergétique.
Malgré les investissements réalisés, l’accès à l’électricité reste limité. Selon le Compact énergétique, seulement 20,84 % de la population avait accès à l’électricité en 2022, un des taux les plus faibles du continent. En milieu rural, l’accès demeure particulièrement faible, avec seulement 5,3 % de la population raccordée, tandis que les coûts élevés de connexion continuent de freiner les branchements. Pour atteindre ses objectifs, le Niger ambitionne de porter le taux d’accès à 60 % d’ici 2030, ce qui nécessitera plus de 2,8 millions de nouveaux raccordements et près de 760 millions de dollars d’investissements. Le pays vise également à faire passer la part des énergies renouvelables de 5 % à 30 % du mix électrique à l’horizon 2030.
Gouvernance et réformes
Au-delà des investissements, Pr Amadou Haoua a insisté sur les réformes institutionnelles. « La consolidation de la gouvernance constitue également une condition essentielle à la réussite des réformes engagées. Le renforcement durable des capacités institutionnelles apparaît ainsi comme un levier indispensable pour améliorer la performance globale du secteur et assurer une mise en œuvre efficace des réformes », a déclaré la ministre.
La ministre nigérienne de l’Energie a rappelé le rôle stratégique de l’électricité dans la transformation économique du pays. « L’énergie est aujourd’hui le socle de toutes les politiques publiques. Elle conditionne l’industrialisation, la sécurité alimentaire, la transformation des ressources minières et le développement du pays », a-t-elle affirmé, appelant le Conseil consultatif de la Refondation (CCR) – qui fait office de Parlement au Niger – à soutenir les orientations du gouvernement.
Ces investissements rejoignent les objectifs fixés par le Compact énergétique national, élaboré avec l’appui de la Banque mondiale, qui prévoit de porter la part des énergies renouvelables à 30 % du mix électrique d’ici 2030, tout en augmentant le taux d’accès à l’électricité à 60 % grâce à d’importants investissements publics et privés.
Par Issoufou Amadou Dan Mallam, à Niamey




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