Cameroun : Cavayé Yéguié, pilier du système Biya, s’éteint à 86 ans
Il aura traversé les décennies sans jamais quitter le cœur du pouvoir. Figure incontournable du paysage institutionnel camerounais, Cavayé Yéguié Djibril est décédé ce 6 mai 2026, laissant derrière lui l’image d’un homme qui aura façonné, autant qu’il aura incarné, la longévité du système Biya.

La nouvelle est tombée en milieu de journée ce 6 mai 2026, dans un contexte politique particulier, alors que le Cameroun est engagé dans une phase de recomposition institutionnelle marquée par la création d’un poste de vice-président. Réuni en Congrès, le Parlement avait en effet adopté, en mars 2026, une loi modifiant la Constitution et instituant cette nouvelle fonction, dont l’occupant reste encore attendu. C’est d’ailleurs au cours de cette même session parlementaire que Cavayé Yéguié Djibril avait été écarté du perchoir, le 17 mars 2026, après y avoir siégé sans interruption depuis 1992.
Moins de deux mois plus tard, retiré dans son village de Tokombéré, dans l’Extrême-Nord, celui que l’on présentait comme l’un des piliers du système Biya s’est éteint. Avec sa disparition, le Cameroun perd bien plus qu’un ancien président de l’Assemblée nationale : il perd l’un des plus durables architectes de ses équilibres institutionnels. En effet, dès 1992, Cavayé Yéguié Djibril prend les rênes de l’Assemblée nationale – qu’il avait rejoint comme député en 1970 – et s’y maintient pendant 34 ans. Très tôt, son ascension institutionnelle s’affirme : de 1996 à 2013, il occupe durablement la position de deuxième personnalité de l’État, consolidant son poids central dans l’architecture politique du pays.
Une fin de cycle institutionnel
Issu de l’Extrême-Nord, enseignant de formation et chef traditionnel de Mada près de Tokombéré, Cavayé Yéguié Djibril construit progressivement son ascension politique. Son ancrage local solide, combiné à une loyauté constante envers le chef de l’État, Paul Biya, lui ouvre durablement les portes du cercle restreint du pouvoir. Dans cet environnement, il s’impose comme une figure de stabilité au sein du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC). Au fil du temps, il devient l’un des visages les plus identifiables de la continuité institutionnelle du régime.
Dans ses fonctions, Cavayé Yéguié Djibril assume pleinement son rôle de pilier du système incarné par Paul Biya. Il soutient sans faille les initiatives de l’exécutif et accompagne la consolidation d’un appareil d’État fondé sur la permanence des élites dirigeantes. Sa formule sacrée le long des discours est connue : « Je n’ai jamais trahi et je ne trahirai jamais. » Cependant, cette longévité hors norme alimente également les critiques. Ses détracteurs dénoncent un verrouillage de la vie politique, un faible renouvellement générationnel et une Assemblée nationale souvent perçue comme une chambre d’entérinement des décisions exécutives. À leurs yeux, il incarne les limites d’un système peu ouvert à l’alternance.
Malgré ces controverses, son influence reste réelle jusqu’à la fin de sa carrière politique, même lorsque son état de santé décline. En mars 2026, Cavayé Yeguié Djibril quitte officiellement la présidence de l’Assemblée nationale, mettant un terme à 34 années de mandat continu à la tête de l’institution.
Une séquence de disparitions …
Le 11 avril 2026, le Cameroun perdait déjà une autre figure majeure du système institutionnel avec la disparition de Marcel Niat Njifenji à Yaoundé, à l’âge de 92 ans. Son décès intervient quelques semaines après son retrait de la présidence du Sénat, qu’il a dirigée de 2013 au 17 mars 2026. Ingénieur de formation et ancien dirigeant de la SONEL pendant plus de vingt ans, il a marqué le secteur énergétique avant d’occuper plusieurs fonctions gouvernementales de premier plan, notamment dans les domaines du plan et de l’énergie. Proche du président Paul Biya, il s’est imposé comme une figure de confiance au sein de l’appareil d’État.
Premier président du Sénat camerounais, il a incarné pendant treize ans la stabilité institutionnelle de la chambre haute, deuxième personnalité de l’État dans l’ordre protocolaire. Son influence, exercée dans la discrétion mais avec constance, a profondément marqué l’architecture institutionnelle du pays.
Affaibli ces dernières années, il s’était progressivement retiré de la vie publique avant de quitter officiellement ses fonctions en mars 2026. Sa disparition, survenue peu après celle d’autres figures du régime, symbolise la fin d’une génération de hauts responsables ayant accompagné la longévité du pouvoir en place.
Par Jean Daniel MVONDO, à Yaoundé




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