Au Niger, la pauvreté extrême recule à 45,3%
En dépit des sanctions, d’une inflation record et d’un climat politique instable, le Niger a réussi à faire reculer l’extrême pauvreté a reculé de 45,3% en 2024, selon les chiffres de la Banque mondiale. Une amélioration portée par la vigueur de l’agriculture et des mesures sociales ciblées.

Le Niger résiste aux turbulences économiques et politiques. En 2024, la pauvreté extrême a reculé à 45,3%, malgré l’inflation et les tensions politiques. Une amélioration portée par l’agriculture et des mesures sociales ciblées, selon la Banque mondiale. Dans un rapport intitulé « Niger Note sur la situation économique », publié en avril 2025, le pays a enregistré une baisse notable de l’extrême pauvreté, passée de 47,8 % en 2023 à 45,3 % en 2024, soit une diminution de 2,5 points de pourcentage.
Cette évolution positive, dans un contexte régional tendu, s’explique principalement par une croissance agricole dynamique, qui a soutenu l’activité économique et amélioré les revenus des ménages ruraux. En valeur absolue, plus de 270 000 Nigériens sont sortis de l’extrême pauvreté au cours de l’année écoulée.
L’agriculture reste le moteur social malgré l’envolée des prix
L’amélioration du niveau de vie survient pourtant dans un environnement marqué par une inflation galopante. En 2024, l’indice des prix à la consommation a bondi de 9,1 %, dopé par une flambée des prix alimentaires de 12,9 %. La situation a culminé à 15,5 % en juin 2024, avant de refluer légèrement avec la saison des récoltes.
Ce paradoxe s’explique par le rôle structurant de l’agriculture, principale source de revenu pour près de 60 % des ménages nigériens. Les bonnes performances de certaines filières ont compensé, dans plusieurs localités rurales, les effets négatifs de la hausse des prix et des restrictions économiques.
Un contexte politique encore sous tension
Ces avancées sociales ont été enregistrées dans un climat politique complexe. Le coup d’État de juillet 2023 a mis fin à dix ans de stabilité relative et déclenché des sanctions économiques de la CEDEAO et de l’UEMOA, maintenues jusqu’en janvier 2024. Depuis, le Niger a quitté la CEDEAO et s’est engagé, aux côtés du Mali et du Burkina Faso, dans une transition politique de cinq ans.
Une charte de transition, adoptée en mars 2025, prévoit un retour progressif à un régime constitutionnel, dont les contours pourraient évoluer en fonction de la situation sécuritaire.
Des perspectives sociales encourageantes mais fragiles
À moyen terme, les prévisions restent positives. La Banque mondiale anticipe une poursuite de la baisse de la pauvreté extrême, pour atteindre 36,2 % d’ici 2027 — soit près de 1,5 million de personnes supplémentaires sorties de la précarité.
Cette dynamique dépendra toutefois de plusieurs facteurs : la redistribution des revenus du pétrole et du gaz, la maîtrise des risques sécuritaires et la consolidation du secteur agroalimentaire.
Danon Gnezale, économiste à la Banque mondiale et co-auteur du rapport, estime que « le renforcement des chaînes de valeur agricoles, des investissements dans des technologies intelligentes face au climat et l’extension de l’irrigation sont essentiels pour soutenir cette trajectoire ».
Dans un environnement marqué par les chocs climatiques et l’insécurité alimentaire, la nécessité de consolider ces acquis et de stabiliser durablement l’économie reste urgente.
Issoufou Amadou Dan Mallam, correspondant à Niamey




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