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Ali Darassa : arme contre paix ?

Alors qu’il affirme vouloir œuvrer pour la paix, Ali Darassa reste perçu par beaucoup comme un acteur à haut risque pour la stabilité en Centrafrique. La réintégration de l’ex-chef de l’UPC dans le processus de paix soulève des interrogations sur ses véritables intentions et sur la solidité des engagements pris.

Ali Darassa ! Ce nom, tristement célèbre en République centrafricaine (RCA), fut jusqu’à récemment l’ennemi public numéro un du régime de Bangui. Activement recherché sur tout le territoire par les forces russes (en charge de la sécurité du président Faustin-Archange Touadéra), son nom inspirait la peur à Bambari, Kouango, Grimari et Ippy. Des familles entières ont fui à pied pour échapper aux pillages, aux exécutions et aux viols perpétrés sous son commandement. L’homme à la grande silhouette, de haute taille et au visage toujours fermé, conservera son aura mythique.

En décembre 2021, les Nations Unies ont inscrit ce chef de guerre d’origine peule, connu pour sa proximité avec le régime tchadien, sur leur liste noire. Les accusations sont graves : exécutions extrajudiciaires, violences sexuelles, attaques contre les civils, pillage d’hôpitaux et de convois humanitaires. Malgré ce lourd passé, le redoutable chef de l’Unité pour la Paix en Centrafrique (UPC) a annoncé le 12 juillet 2025 à Maloum, son ancien quartier général, la dissolution de son groupe armé.

Officiellement, il n’avait plus mis les pieds à Maloum, son quartier général, depuis 2018. Pourtant, tous ici se souviennent de l’époque où l’UPC régnait sans partage. Son retour à Maloum, fut celui d’un chef d’État en tournée : acclamé par ses fidèles et escorté par les autorités, il était entouré de ministres de la Défense et de représentants étrangers. « Tout ce que j’ai fait depuis Bangui aujourd’hui, c’est pour montrer ma bonne volonté », a-t-il déclaré. Sincère ? Difficile à dire. Le 9 juillet dernier, il a tout de même déposé les armes à Bangui, devant le Président Faustin-Archange Touadéra.

Désarmement historique

Derrière ce revirement apparent se profile une opération de désarmement d’ampleur, la plus importante depuis 2017. Au cours des deux prochaines semaines, au moins 500 hommes de l’UPC doivent être désarmés avec l’appui logistique de la MINUSCA.

L’UPC, fondée par Ali Darassa en 2014 après la chute de la Séléka, n’a jamais été un simple groupe armé. C’était un véritable système qui contrôlait des mines d’or, exerçait une taxation informelle sur les commerçants, rançonnait les ONG et enrôlait des enfants. Dans les zones qu’il occupait, Ali Darassa était le maître et le commandant en chef.

Un revirement stratégique ?

L’histoire enseigne que la paix en Centrafrique n’est jamais une ligne droite. Si Ali Darassa a choisi de se ranger, cela s’inscrit également dans un contexte de pression internationale croissante, de perte de contrôle sur certaines zones minières, et d’une stratégie d’encerclement politique menée depuis Bangui. Certains observateurs y voient une manœuvre tactique pour éviter l’arrestation ou pour préparer une réinsertion politique.

D’autres préfèrent croire à une réelle évolution de posture. Face à cette scénarisation politique, personne ne sait ce qu’il pense vraiment. Mais tous s’accordent à dire qu’il est une personnalité ambiguë à observer avec la plus grande prudence, notamment en raison de sa parfaite maîtrise d’une bonne partie du territoire centrafricain et de ses connexions avec certains pays frontaliers.

Quoi qu’il en soit, Ali Darassa demeure une figure incontournable du paysage sécuritaire centrafricain. Redevenu un acteur de paix, comme il se présente désormais, son plus grand défi sera de convaincre par des actes. Car dans un pays marqué par tant de trahisons et de faux départs, les mots ne suffisent plus.

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