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Le Burkina Faso, premier exportateur africain de mangues

Le Burkina Faso, premier exportateur africain de mangues en 2023, mise sur la transformation locale pour valoriser sa production et créer plus d’emplois.

Le Burkina Faso s’impose comme l’un des principaux exportateurs de mangues au monde. Classé 7e mondial et premier exportateur africain en 2023 selon Tradeimex, le pays ambitionne désormais de valoriser davantage sa production en développant la transformation locale, notamment à travers la mangue séchée bio. Au classement africain, le pays devance d’autres poids lourds du continent : Côte d’Ivoire, Mali, Sénégal, Kenya et Egypte.

Chaque année, à partir de mi-mars, les routes de Bobo-Dioulasso et de Banfora s’emplissent d’un parfum sucré. Sous un soleil de plomb, les pick-up croulent sous les mangues fraîches, empilées dans des cageots, prêtes à conquérir les marchés d’Europe. C’est le début de la haute saison, qui s’étend jusqu’à fin juin. Dans les vergers, l’effervescence est totale. À Niangoloko, près de la frontière ivoirienne, Adama, producteur depuis 20 ans, ne cache pas sa fierté : « Cette année encore, mes récoltes sont bonnes. L’acheteur hollandais vient jeudi. »

300 000 tonnes de mangue par an

Avec près de 300 000 tonnes produites par an, le Burkina Faso est devenu une référence sur le continent. Dans un classement de Tradeimex publié en 2023, le pays se hisse au 7ᵉ rang mondial des exportateurs de mangues, toutes variétés confondues. Un exploit pour ce pays sahélien sans accès à la mer, mais qui a su conquérir les marchés européens grâce à la qualité de ses fruits – notamment la Kent et la Brooks, prisées pour leur chair parfumée et peu fibreuse.

Ce succès, fruit d’un patient travail des producteurs, coopératives et exportateurs, s’est construit à coups de sacrifices. « Il y a 10 ans, les mangues pourrissaient faute de débouchés », se souvient Sita, transformatrice à Orodara. Aujourd’hui, les cartons estampillés « Burkina Faso » partent vers Rotterdam, Paris ou Berlin… En 2023, ces exportations ont généré plus de 22 milliards de FCFA.

Lors d’un Salon de la mangue (SAMA) à Bobo en 2024, le constat est revenu comme un refrain : le vrai défi, ce n’est plus la production, mais la valorisation locale. Un paradoxe quand on sait que plus de 40 000 personnes, majoritairement des femmes, vivent de cette filière. « On vend de l’or à l’état brut, alors qu’on pourrait vendre des bijoux », résume un représentant de la Chambre d’agriculture.

Le défi de la transformation locale

Certes, le Burkina Faso est le premier exportateur africain de mangues, mais derrière cette success story se cache une frustration. Car seulement un quart des mangues produites est transformé localement. Le reste est vendu brut, à bas prix, ou laissé à pourrir, faute de débouchés. Et pourtant, le Burkina détient un autre record : il est leader mondial de la mangue séchée bio. Un savoir-faire artisanal, majoritairement porté par des femmes, dans des unités parfois rudimentaires, mais pleines d’ingéniosité. En 2020, près de 3 800 tonnes de mangue séchée ont quitté le pays, principalement vers l’Allemagne et la France.

Alors, pourquoi ne pas aller plus loin ? Pourquoi ce pays qui nourrit le monde avec ses mangues ne transformerait-il pas sur place la majorité de sa récolte ? Le défi est immense : manque de machines, d’énergie, d’investissements, mais surtout de vision. Pourtant, à Banfora, à Orodara ou à Ziniaré, des coopératives, des start-up, des jeunes entrepreneurs y croient. Ils veulent créer de la valeur ici, au lieu de l’exporter à vil prix.

Dans les vergers, la saison bat son plein. Les mangues tombent, mûres et sucrées. Et avec elles, l’espoir d’un pays qui veut transformer son or fruitier en richesse durable.

Salomon Jewa

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