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Hydrocarbures : le Cameroun va-t-il s’approvisionner chez Dangote ?

Une note du ministère des Finances préconise, à court terme, un recours accru au groupe nigérian d’Aliko Dangote afin de sécuriser l’approvisionnement en carburants, dans un contexte de fortes tensions géopolitiques liées au conflit au Moyen-Orient. Déclenchée le 28 février 2026 entre les États-Unis, Israël et l’Iran, cette crise a notamment entraîné une flambée des cours du pétrole.

Vue de l’unité de mild hydrocracking (MHC) de la raffinerie Dangote à Lagos, Nigeria, le 20 juillet 2024. ©REUTERS

L’escalade militaire, amorcée par des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, fin février 2026, suivies de représailles visant plusieurs pays du Golfe, place l’économie mondiale dans une zone de fortes turbulences. Cette région concentre 55,6 % des réserves pétrolières mondiales prouvées et près de 40 % des réserves de gaz naturel, ce qui en fait un pivot central de l’équilibre énergétique mondial. Cinq pays — Arabie saoudite, Iran, Irak, Émirats arabes unis et Koweït — totalisent plus de 96 % des réserves régionales et assurent à eux seuls plus de 30 % de la production mondiale de pétrole.

Une note du ministère camerounais des Finances préconise, à court terme, un recours accru au groupe nigérian d’Aliko Dangote afin de sécuriser l’approvisionnement en carburants, dans un contexte de fortes tensions géopolitiques liées au conflit au Moyen-Orient. Le document souligne la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement et la nécessité d’anticiper d’éventuelles perturbations sur le marché international des hydrocarbures.

Un choc externe pour le Cameroun

Pour le Cameroun, les répercussions du conflit se manifestent à plusieurs niveaux. Sur le plan des échanges extérieurs, l’exposition directe au Moyen-Orient demeure limitée, les flux commerciaux représentant moins de 3 % du total. Toutefois, les importations en provenance de cette région atteignent environ 200 milliards de FCFA par an, dont 120 milliards en carburants et lubrifiants, soit près de 12 % de la consommation nationale. Une perturbation des flux pourrait ainsi engendrer un déficit significatif d’approvisionnement énergétique. À cet effet direct s’ajoute un canal de transmission indirect via les principaux partenaires commerciaux du Cameroun — Union européenne, Chine, Inde et États-Unis — eux-mêmes fortement dépendants du pétrole du Golfe.

Sur le plan budgétaire, la hausse des prix du pétrole pourrait générer un surplus de recettes estimé à 180 milliards de FCFA en 2026. Cet effet positif reste toutefois contrebalancé par l’alourdissement de la facture des importations de carburants et du coût des subventions. Entre 2020 et 2024, ces dernières ont atteint un pic de 460 milliards de FCFA, contraignant l’État à relever à plusieurs reprises les prix à la pompe. Le risque d’inflation importée demeure central. Les produits importés représentent environ 25 % du panier de consommation, et leur renchérissement est susceptible d’éroder le pouvoir d’achat.

Le secteur agricole apparaît particulièrement exposé : le Cameroun dépend structurellement des importations d’engrais, avec des volumes ayant atteint 227 372 tonnes pour une facture de 65,2 milliards de FCFA en 2025, contre 225 343 tonnes pour 62,2 milliards de FCFA en 2024, selon les données publiées le 1er avril 2026 par l’Institut national de la statistique. Dans ce contexte, toute perturbation des flux en provenance du Golfe est de nature à affecter directement les coûts de production et, par extension, les rendements agricoles.

Le pays se tourne vers Dangote

À court terme, les autorités misent sur la sécurisation des approvisionnements en carburants et en intrants agricoles. Le renforcement du partenariat avec le groupe Dangote apparaît comme un levier de diversification des sources d’approvisionnement. Parallèlement, des concertations avec les acteurs du secteur énergétique sont envisagées afin d’anticiper les tensions et coordonner les réponses. La gestion des stocks et l’anticipation des besoins deviennent des variables critiques dans un environnement marqué par une forte volatilité.

À moyen terme, la réponse s’inscrit dans une logique structurelle. La réhabilitation de la SONARA, à l’arrêt depuis 2019, ainsi que le projet de construction d’une nouvelle raffinerie à Kribi, constituent des axes stratégiques pour réduire la dépendance aux importations de produits raffinés et renforcer la souveraineté énergétique. Dans la même perspective, l’accélération de la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) pourrait favoriser l’émergence de chaînes d’approvisionnement régionales, réduisant l’exposition aux chocs exogènes.

La CEMAC entre opportunité et risque

Au niveau sous-régional, les effets du conflit apparaissent ambivalents. La hausse des cours des hydrocarbures pourrait contribuer à reconstituer les réserves de change, qui s’établissaient à 6 203 milliards de FCFA à fin octobre 2025, en recul sous l’effet de déficits commerciaux persistants et de remboursements de dette extérieure. En tant qu’exportatrice nette de pétrole, la CEMAC pourrait bénéficier d’un afflux de recettes en devises, atténuant les pressions sur ses équilibres extérieurs et offrant un répit face aux échéances de dette prévues en 2026.

Cependant, cet avantage est tempéré par un risque inflationniste accru. La hausse des prix du pétrole brut, combinée à l’augmentation des coûts de transport et d’assurance, devrait se transmettre aux prix des carburants importés. Or, les économies de la sous-région restent fortement dépendantes de ces importations. Cette dynamique intervient alors que la CEMAC amorçait une phase de désinflation : après un pic à 5,6 % en 2022-2023, l’inflation a été ramenée à 2,2 % en 2025, avec une projection de 2,7 % pour 2026. La crise actuelle risque de compromettre cette trajectoire.

Au-delà du pétrole, le Moyen-Orient occupe une position stratégique dans les marchés du gaz naturel liquéfié (GNL) et des engrais. Le Qatar représente près de 20 % des exportations mondiales de GNL, tandis que les pays du Golfe concentrent environ 20 % des échanges internationaux d’engrais, notamment l’urée et l’ammoniac. Le détroit d’Ormuz constitue le principal point de passage de ces flux : environ 20 % du pétrole mondial et près d’un tiers des engrais transportés par voie maritime y transitent. Depuis le déclenchement du conflit, les perturbations logistiques s’intensifient, avec une chute du trafic maritime et l’immobilisation de nombreux navires, entraînant une hausse des coûts logistiques et une volatilité accrue des marchés.

Par Jean Daniel MVONDO, à Yaoundé

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