Chargement en cours
Publicité

Centrafrique : Touadéra peut-il décrocher un troisième mandat ?

Fort d’un appareil d’État bien tenu, mais confronté à des vents contraires internes et internationaux, Faustin-Archange Touadéra aborde la présidentielle de décembre 2025 avec un avantage stratégique, sans que la victoire ne soit pour autant assurée.

L’arrivée de Touadéra aux assises du 2e Congrès ordinaire du MCU, le 25 juillet 2025 au Palais des Sports à Bangui. ©palaisdelarenaissance.com

L’annonce était attendue. Le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra a officialisé, le 25 juillet 2025, sa candidature à l’élection présidentielle du 20 décembre 2025. Grâce à la nouvelle Constitution adoptée par référendum en août 2023, il peut légalement briguer un troisième mandat en Centrafrique. La nouvelle Loi fondamentale supprime la limitation du nombre de mandats et étend leur durée à sept ans. Pour ses soutiens, la continuité s’impose. Pour ses adversaires, c’est la République qu’on détourne.

Alors que le pays tente de sortir de deux décennies de crises sécuritaires, sociales et politiques, le chef de l’État semble tenir les manettes. Mais derrière la façade d’un pouvoir stabilisé, la victoire annoncée est loin d’être assurée. À cinq mois du scrutin, la question n’est plus de savoir s’il sera candidat, mais s’il peut réellement l’emporter. Et sur ce point, les cartes sont mêlées.

Un terrain électoral balisé

Sur le papier, Touadéra dispose d’un net avantage. Il contrôle l’essentiel de l’appareil institutionnel : gouvernement, Parlement, Conseil constitutionnel, autorité électorale. Ses partisans occupent le terrain, organisant des rassemblements dans la capitale et à l’intérieur du pays pour vanter son « bilan de paix et de développement ».

Son autre carte maîtresse depuis 2020, c’est l’appui militaire d’un groupe paramilitaire russe, actif dans la sécurisation du territoire et la protection rapprochée du régime. Ce soutien permet de maintenir une présence de l’État dans des zones où l’armée régulière peine encore. Le partenariat est également économique, notamment dans l’exploitation de ressources naturelles.

Une vue des partisans de Touadéra au congrès du MCU, le 25 juillet à Bangui. © palaisdelarenaissance

Le président Touadéra dispose aussi d’un noyau dur de partisans mobilisés, particulièrement à Bangui et dans les grandes localités où les structures du parti au pouvoir, le MCU (Mouvement des Cœurs Unis), sont bien implantées. En tout cas, la dispersion de l’opposition joue en sa faveur. Les figures historiques comme Anicet Georges Dologuélé ou Martin Ziguélé peinent à proposer une alternative fédératrice. Même réunis au sein du BRDC (Bloc républicain pour la défense de la Constitution), leurs divergences de parcours et d’ambitions limitent leur impact hors de Bangui.

Mais une victoire moins certaine…

Pour autant, la réélection de Touadéra n’est pas acquise. L’adhésion populaire à sa candidature est loin d’être massive. Des critiques fusent : vie chère, salaires impayés, insécurité persistante, services sociaux délabrés. Les jeunes, en particulier, réclament davantage que la seule stabilité promise. Si la sécurité s’est améliorée dans certaines régions, le quotidien reste difficile pour une majorité de Centrafricains. Le pouvoir semble plus fort dans les institutions que dans les cœurs.

Sur le plan politique, la légitimité de sa démarche reste contestée. L’adoption de la nouvelle Constitution a été marquée par une très faible participation (moins de 30 % selon des observateurs indépendants), et plusieurs ONG dénoncent un climat de répression larvée.

La société civile, longtemps silencieuse, commence à se remobiliser. Des plateformes citoyennes comme « Stop au 3e mandat » ou « Touche pas à ma Constitution » multiplient les campagnes sur les réseaux sociaux, malgré les intimidations. Le risque d’une polarisation du scrutin est réel, surtout si le processus électoral est perçu comme biaisé.

Une opposition en quête d’un second souffle

Face à lui, l’opposition peine à peser réellement. Pourtant, elle existe. Réunie au sein du Bloc Républicain pour la Défense de la Constitution (BRDC), elle regroupe plusieurs figures politiques de premier plan : Anicet Georges Dologuélé, Martin Ziguélé, Nicolas Tiangaye, Crépin Mboli-Goumba. Ensemble, ils dénoncent la « confiscation du pouvoir » et appellent à un retour à l’ordre constitutionnel de 2016. Leur principal atout, c’est la clarté de leur position sur le troisième mandat, qu’ils jugent illégitime. Ils ont aussi pour eux une crédibilité historique et une capacité à mobiliser dans certains milieux urbains, intellectuels et diasporiques.

Mais la fragmentation persiste. Les égos, les rivalités de leadership et le manque de ressources freinent la dynamique. Aucun candidat ne s’impose comme une alternative claire à Touadéra. En dehors de Bangui, leur présence est faible. La répression, la difficulté d’accès aux médias publics et le contrôle sécuritaire rendent toute campagne d’envergure difficile.

Un scrutin à haut risque

En misant sur la continuité, Faustin-Archange Touadéra joue une carte à double tranchant. Il part favori, mais dans un climat de méfiance généralisée, où chaque erreur pourrait déclencher une crise de légitimité. Sur le terrain, la situation reste tendue. Certains groupes armés ont déposé les armes, mais d’autres persistent, notamment dans l’arrière-pays. L’intervention de forces étrangères, dont les soldats rwandais et les casques bleus de la Minusca, reste nécessaire.

Malgré le désarmement des milices, des poches d’insécurité persistent. ©TV5 Monde Afrique

Sa capacité à gagner réside moins dans sa popularité que dans la solidité de son appareil politique, la maîtrise du calendrier électoral, et le contrôle du territoire. Mais à mesure que la campagne s’ouvrira, les appels à une alternance démocratique pourraient se faire entendre plus fort.

La vraie inconnue de cette présidentielle n’est peut-être pas l’issue du scrutin, mais sa capacité à renforcer – ou à fragiliser davantage – la légitimité du pouvoir en Centrafrique.

Laisser un commentaire