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Birame Diop face au défi de réconcilier la CEDEAO et l’AES

Le général sénégalais Birame Diop a officiellement pris les rênes de la Commission de la CEDEAO le 31 août 2026. Il succède au Gambien Omar Alieu Touray au moment où l’organisation régionale doit gérer l’un de ses plus importants défis depuis sa création : préserver l’intégration ouest-africaine après le départ du Burkina Faso, du Mali et du Niger qui ont créé l’Alliance des Etats du Sahel (AES).

Le Sénégalais Birame Diop a pris ses fonctions à la présidence de la CEDEAO à Abuja au Nigeria, le 31 août 2026. ©Ecowas-Cedeao

Un nouveau cycle s’ouvre à la tête de la Commission de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Ce 1er septembre 2026 marque le premier jour de travail du général sénégalais Birame Diop, qui a officiellement pris les rênes de la présidence de l’organisation régionale, à l’issue d’une cérémonie de passation organisée le 31 août au nouveau siège de l’organisation, à Abuja, au Nigeria.

Il succède au Gambien Omar Alieu Touray, qui a dirigé la Commission pendant quatre ans. Le changement de direction s’accompagne d’un renouvellement de plusieurs hauts responsables de l’institution. Le Nigérian Anthony Ogunjimi devient notamment vice-président de la Commission, en remplacement de la Togolaise Damtien Tchintchibidja.

La cérémonie a été marquée par la signature des procès-verbaux de passation de pouvoir et la présentation d’une publication spéciale consacrée aux 50 ans de la CEDEAO. Dans son discours d’adieu, Omar Alieu Touray a défendu le bilan de son équipe, estimant qu’elle laissait derrière elle « non seulement des souvenirs, des discours et des décisions », mais aussi un bilan de réalisations institutionnelles et régionales.

L’unité régionale comme première urgence

Le nouveau président arrive à la tête d’une organisation profondément transformée par les crises politiques et sécuritaires de ces dernières années. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont officiellement quitté la CEDEAO le 29 janvier 2025, après plusieurs mois de tensions avec l’organisation régionale. La question des relations avec ces trois États, désormais réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), constitue donc l’un des principaux dossiers de son mandat.

Au lendemain de la prise de fonction du président en exercice de la CEDEAO, Bassirou Diomaye Faye, en juillet dernier, le Sénégalais avait réservé sa première sortie au Mali, pays membre de l’AES. Officiellement, cette visite n’était pas liée à son nouveau statut. Mais pour plusieurs analystes, il était difficile d’imaginer que Bassirou Diomaye Faye et son homologue malien, Assimi Goïta, n’aient pas évoqué la relation entre la CEDEAO et l’AES. La rupture ne concerne pas seulement la coopération politique. Elle soulève également des questions concrètes sur la circulation des personnes, les échanges commerciaux, les transports, la sécurité et les relations entre les populations des pays concernés.

Pour Birame Diop, la réponse passe d’abord par la reconstruction de la confiance. Lors de son investiture, il a appelé à un « renouveau de l’unité, de la solidarité et du respect mutuel », qu’il considère comme les conditions nécessaires à une intégration régionale plus efficace. « Un nouveau chapitre s’est ouvert pour l’intégration ouest-africaine », a-t-il déclaré, appelant les États membres, les institutions et les autres parties prenantes à œuvrer pour une région fondée sur « la paix, la dignité et la prospérité partagée ».

Relancer une intégration mise à l’épreuve

Au-delà de la crise institutionnelle provoquée par le départ des trois pays sahéliens, Birame Diop devra donner un contenu concret au projet de relance de l’intégration régionale. Lors de son sommet de juillet 2026 en Sierra Leone, la CEDEAO a adopté un Pacte pour l’avenir de l’intégration régionale. Le document met notamment l’accent sur l’industrialisation, le développement des chaînes de valeur régionales, la réduction des obstacles au commerce et à l’investissement, les infrastructures ainsi que le rôle du secteur privé.

Le défi sera désormais de transformer ces orientations en résultats visibles. La CEDEAO dispose déjà d’un marché régional important, mais les difficultés liées aux infrastructures, aux barrières commerciales, à la circulation des marchandises et à la mise en œuvre effective de certains mécanismes d’intégration continuent de limiter le potentiel économique de la région.

Pour le nouveau président de la Commission, l’enjeu sera donc de faire de l’intégration économique un levier suffisamment concret pour rapprocher les économies ouest-africaines, dans un contexte où les divergences politiques se sont accentuées.

Sécurité : un autre dossier prioritaire

La question sécuritaire pèsera également lourd dans le mandat de Birame Diop. L’Afrique de l’Ouest et particulièrement le Sahel restent confrontés à la progression des groupes armés et aux conséquences humanitaires et économiques de l’insécurité. Le départ du Burkina Faso, du Mali et du Niger complique davantage la coordination régionale, alors que ces trois pays figurent parmi les principaux foyers de l’insécurité sahélienne.

La CEDEAO devra donc renforcer ses mécanismes de prévention des conflits, d’alerte précoce et de coopération sécuritaire, tout en redéfinissant ses relations avec les États de l’AES. À cette équation sécuritaire s’ajoute celle de la gouvernance. Les changements anticonstitutionnels de pouvoir enregistrés dans plusieurs pays de la région ont profondément fragilisé le modèle politique défendu par la CEDEAO.

Une nouvelle équipe pour un nouveau départ ?

Le renouvellement de la Commission doit aussi permettre à Birame Diop de s’appuyer sur une équipe chargée de secteurs stratégiques. Le nouveau dispositif comprend notamment le Sénégalais à la tête de la Commission, le Nigérian Anthony Ogunjimi à la vice-présidence, ainsi que l’Ivoirien Kalilou Sylla aux services internes, la Sierra-Léonaise Francess Alghali aux affaires politiques, à la paix et à la sécurité, le Libérien Dehpue Yenpea Zuo aux affaires économiques et à l’agriculture, et le Ghanéen Amin Amidu Sulemani aux infrastructures, à l’énergie et à la numérisation.

Le Béninois Nassirou Bako-Arifari prend en charge le développement humain et les affaires sociales. La Cap-Verdienne Carla Maria Borges Bettencourt devient vérificatrice générale des institutions de la CEDEAO. Le Togolais Palokinam Pitche dirige, pour sa part, l’Organisation ouest-africaine de la santé (OOAS), tandis que le Gambien Mam Cherno Jallow prend la direction du Groupe d’action intergouvernemental contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA).

Cette nouvelle équipe aura la responsabilité de traduire la volonté politique affichée à Abuja en actions concrètes. En prenant ses fonctions, Birame Diop ne reçoit donc pas une organisation en situation ordinaire. Il hérite d’une CEDEAO qui doit simultanément réparer ses fractures politiques, préserver ses acquis économiques, répondre aux menaces sécuritaires et redonner du sens au projet d’intégration régionale.

Son appel à l’unité intervient ainsi comme une feuille de route autant qu’un message politique. La question est désormais de savoir si la nouvelle direction saura transformer cette volonté de « nouveau chapitre » en résultats mesurables. Car pour la CEDEAO, l’enjeu dépasse le changement de président : il s’agit de démontrer que l’intégration régionale peut encore constituer un projet commun dans une Afrique de l’Ouest profondément reconfigurée.

Par Aisha UMAR, à Abudja

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