Où en est l’AES avec sa Force unifiée contre le terrorisme ?
Après l’attaque de Dioura du 10 septembre 2026 au Mali et la tentative de déstabilisation à Niamey fin août, la Confédération des États du Sahel affiche son unité. Sur le terrain, l’outil militaire commun reste en construction et l’essentiel de l’effort repose encore sur les armées nationales.

Le 18 septembre, à Niamey, le général d’armée Abdourahamane Tiani, chef de l’État nigérien, a reçu une importante délégation ministérielle de la Confédération des États du Sahel, venue témoigner de son soutien après la tentative de déstabilisation des 28 et 29 août. Côté burkinabè, elle réunissait notamment le ministre d’État chargé de la Défense, le général de division Célestin Simpore, et le chef de la diplomatie, Karamoko Jean Marie Traoré. Le Mali était représenté par son ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, et par le ministre délégué à la Défense, le général de division Oumar Diarra.
Le chef de délégation a salué la vaillance des forces loyalistes, présenté ses condoléances aux familles des victimes et affirmé que l’événement impose à la Confédération de se consolider, car « l’ennemi ne dort pas ». Le chef de l’État nigérien a remercié ses hôtes et les a chargés de transmettre ses salutations fraternelles à leurs homologues. Mais, au-delà du geste de solidarité, la question de la défense commune se pose avec une acuité nouvelle après l’attaque de Dioura, au Mali.
Dioura, un revers pour le Mali et l’AES
Le 10 septembre, le camp militaire de Dioura, dans la région de Mopti, a été pris pour cible par le JNIM (Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, ou Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans – GSIM), affilié à Al-Qaïda. Selon des sources militaire, sécuritaire et locale citées par l’AFP, au moins 100 militaires maliens et cinq paramilitaires russes d’Africa Corps ont été tués, ce qui en fait l’une des attaques les plus meurtrières subies par l’armée malienne depuis le début du conflit. Un rapport de la prévôté évoquerait aussi une centaine de disparus et une trentaine de prisonniers. Selon un élu local, le camp a été vidé de son armement. Le JNIM avance de son côté un bilan bien supérieur, qui n’a pas pu être vérifié de manière indépendante.
Le décalage avec la communication officielle est net. Le matin même de l’attaque, le colonel-major Bacary Bocar Maïga, directeur de l’information et des relations publiques des armées, tenait un point de presse consacré au bilan du mois d’août. Il y a évoqué une « attaque complexe » dans le secteur de Dioura, en précisant qu’une réaction aérienne et terrestre était en cours et que les objectifs ennemis avaient déjà été détruits. Il a toutefois refusé de donner un bilan ou des circonstances, afin de ne communiquer que sur des éléments vérifiés. Les sources consultées ne font pas état, à ce jour, d’un bilan officiel.
Une source sécuritaire attribue en partie le drame à un manque de soutien aérien et à la présence de nombreux soldats à leur premier déploiement. Aucune des sources consultées ne mentionne une intervention de la Force unifiée de l’AES à Dioura.
Une force opérationnelle sur papier…
La Force unifiée est pourtant le principal instrument de défense commun des trois pays. Elle est entrée en service le 20 décembre 2025 à Bamako, avec environ 5 000 soldats et un poste de commandement installé à la base aérienne 101 de Niamey. Les chefs d’état-major réunis à Ouagadougou en avril 2026 ont validé une augmentation des effectifs, dont l’objectif varie selon les sources : 15 000 hommes lors de cette réunion, mais Tiani a évoqué, fin juillet, un passage progressif à 18 000 soldats.
La structuration juridique s’achève à peine. Le 10 juillet, les ministres de la Défense ont examiné à Ouagadougou l’accord définissant les droits, obligations et protections des militaires déployés. Ce texte est présenté comme le dernier nécessaire pour compléter l’architecture juridique de la force. Depuis le 19 juin, elle est commandée par le général de brigade malien Makan Alassane Diarra.
Le point de presse des armées maliennes illustre le décalage entre cette architecture et la réalité opérationnelle. Il ne mentionne ni la Force unifiée ni l’AES. Les opérations y sont présentées comme nationales, avec Africa Corps comme seul partenaire cité.
Une coordination reste limitée
Plusieurs facteurs sont avancés par les analystes. Le premier tient à l’héritage du G5 Sahel, dont la force conjointe a été freinée par le manque de financement, les contraintes logistiques et une capacité opérationnelle limitée avant sa dissolution en décembre 2023. Une force multinationale n’obtient des résultats durables qu’avec un financement stable, une logistique robuste et un renseignement efficace, et son succès dépendra de sa capacité à passer d’une coopération de circonstance à une intégration opérationnelle régulière.
Le deuxième facteur est l’hétérogénéité des armées : il reste à harmoniser les doctrines, les équipements et les chaînes de commandement entre des armées aux capacités inégales. Enfin, l’Institut d’études de sécurité (ISS) relève que le commandement de la force dispose d’une autorité opérationnelle totale et peut déployer ses unités sans l’aval préalable des états-majors nationaux, contrairement au G5. Mais l’institut estime qu’elle devra se mettre en phase avec les opérations des forces nationales, y compris celles qui ne relèvent pas de son commandement.
Or, la charge qui pèse sur l’armée malienne est considérable. Selon son propre bilan, elle a effectué en août 740 sorties aériennes pour 2 293 heures de vol, dont 214 frappes, soit environ sept par jour. Elle a aussi escorté 3 681 citernes de produits pétroliers et assuré le fonctionnement du bac militaire de Bafoulabé, qui a permis le franchissement de 2 476 engins entre début juillet et le 8 septembre. Une armée mobilisée à la fois sur le combat et sur la protection des approvisionnements ne peut être partout. Cela n’est pas contradictoire avec le manque de soutien aérien évoqué à Dioura, mais cela en montre les limites.
Par Kader DOUMBIA, à Bamako




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