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Un nouveau cessez-le-feu annoncé à l’Est de la RDC, signe d’espoir ?

À l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), les cessez-le-feu ponctuent l’histoire récente sans jamais imposer la paix. Annoncés avec espoir, ils se heurtent presque toujours aux réalités militaires, aux rivalités régionales et aux intérêts économiques. Le 18 février 2026 pourra-t-il rompre ce cycle ?

La visite de la cheffe de la MONUSCO à Goma, ce 12 février 2026, présentée comme un signe d’espoir. ©MONUSCO

L’Angola a relancé l’initiative diplomatique le 11 février 2026 en proposant un cessez-le-feu entre Kinshasa et le Mouvement du 23 mars (M23), à compter du 18 février à midi. Cette démarche vise à enrayer l’escalade militaire qui frappe le Nord-Kivu et le Sud-Kivu (en RDC) depuis fin 2021, aggravée par la prise de Goma en janvier 2025 puis de Bukavu en février 2025. Soutenue par l’Union africaine et encadrée par un dispositif opérationnel des Nations unies, l’initiative ouvre une nouvelle séquence diplomatique.

À Luanda, le président João Lourenço a réuni Félix Tshisekedi, le président togolais Faure Gnassingbé, médiateur mandaté par l’Union africaine (UA), et l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo. Ils ont cherché à articuler les processus de Nairobi et de Luanda pour restaurer une cohérence stratégique. Kinshasa a accueilli la proposition avec prudence, réaffirmant son attachement au processus de Nairobi et aux résolutions du Conseil de sécurité. Cette réserve traduit une méfiance persistante.

Toutefois, le président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, a salué à Doha la signature des Termes de référence du mécanisme de cessez-le-feu, affirmant que l’Afrique peut piloter ses propres solutions sécuritaires.

A Goma, l’ONU prend le pouls

Le 12 février 2026, Vivian van de Perre s’est rendue à Goma pour appuyer les préparatifs du mécanisme de suivi et de vérification du cessez-le-feu. En tant que cheffe par intérim de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO), elle a voulu transformer l’engagement politique en architecture opérationnelle. « Le 26 janvier 2025, j’étais à bord du dernier avion à atterrir à l’aéroport de Goma. Aujourd’hui, je me trouve à bord du premier appareil à y atterrir de nouveau. J’espère que cela marque le début de la réouverture progressive de l’aéroport, au bénéfice de la population », a déclaré la Représentante spéciale du Secrétaire général par intérim à son arrivée.

Au cours de sa visite, Vivian van de Perre va échanger avec les interlocuteurs et parties prenantes concernés afin de faire avancer les dispositions pratiques liées au mécanisme de suivi et de vérification du cessez-le-feu. Conformément à la résolution 2808 (2025) du Conseil de sécurité, la MONUSCO est explicitement autorisée à soutenir la mise en œuvre d’un cessez-le-feu permanent, notamment par un appui technique et logistique à la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) à travers le Mécanisme conjoint élargi de vérification Plus (EJVM+). « Je me rends à Goma pour appuyer les préparatifs du suivi et de la vérification du cessez-le-feu, en étroite coordination avec l’architecture établie, y compris le Mécanisme conjoint élargi de vérification plus (EJVM+) », a-t-elle déclaré.

En respectant la souveraineté congolaise, la Mission entend faire passer la trêve du stade diplomatique à celui de l’application concrète.

Un équilibre régional fragile

Le cessez-le-feu se déploie dans un contexte de rivalité persistante entre la RDC et le Rwanda. Les rapports du Groupe d’experts de l’ONU évoquent régulièrement un soutien rwandais au M23, que Kigali rejette en qualifiant ces accusations de « non fondées et politisées ». Le Rwanda met en avant la menace des FDLR, accusées de commettre des exactions dans l’Est congolais. Cette confrontation de perceptions nourrit une méfiance structurelle qui fragilise chaque initiative de désescalade et complique le dialogue bilatéral.

Pourtant, l’impasse militaire crée une ouverture diplomatique inédite : après les offensives de 2025, aucun camp ne peut imposer une victoire décisive. Les lignes de front se sont stabilisées, les pertes humaines et matérielles s’accumulent, et la pression internationale s’intensifie. Cette configuration incite les acteurs à envisager une solution politique.

La consolidation d’un cessez-le-feu durable exige une négociation régionale élargie, incluant la RDC, le Rwanda, l’Ouganda et d’autres États riverains, avec des garanties de sécurité mutuelles et des mécanismes de vérification crédibles. Sans règlement durable des tensions transfrontalières, même le plus solide des accords restera vulnérable aux incidents et aux manœuvres de groupes armés locaux ou transfrontaliers.

L’enjeu des minerais

La guerre de l’Est congolais est étroitement liée à l’économie extractive. La RDC concentre près de 70 % des réserves mondiales connues de cobalt, indispensable aux batteries des véhicules électriques et à l’électronique. Elle produit aussi du coltan, de l’or et de la cassitérite, dont la demande mondiale alimente des circuits opaques. Les rapports du Groupe d’experts de l’ONU et d’ONG comme Global Witness montrent que l’exploitation illégale finance les groupes armés et structure des réseaux transfrontaliers entre RDC, Rwanda et Ouganda. Le contrôle des zones minières devient un levier militaire et économique : chaque avancée sur le terrain sécurise des revenus significatifs, renforce la résistance des factions et complique la paix.

Si le cessez-le-feu fige certaines positions autour des gisements, il pourrait consolider des équilibres économiques sensibles. Pour éviter ce piège, Kinshasa et ses partenaires doivent renforcer la traçabilité des minerais, lutter contre la contrebande, réguler l’exploitation artisanale et améliorer la gouvernance des ressources. Sans réforme structurelle de cette économie de guerre, les incitations à reprendre les combats resteront fortes. La stabilité future de l’Est de la RDC dépend autant de décisions économiques courageuses que de l’application effective du cessez-le-feu.

L’urgence humanitaire

La crise humanitaire dans l’Est de la RDC exige des résultats immédiats. Selon l’OCHA, plus de six millions de personnes restent déplacées internes, dont près de deux millions vivent dans des camps autour de Goma, Bukavu et Beni. Les combats ont détruit des infrastructures vitales, aggravé l’insécurité alimentaire et saturé les structures sanitaires déjà fragiles : hôpitaux et centres de santé peinent à fournir soins, vaccination et assistance nutritionnelle, notamment aux enfants et aux femmes enceintes. Les épidémies de choléra et de rougeole représentent une menace permanente.

Depuis plusieurs mois, les affrontements armés le long de l’axe routier Lodda–Djaiba–Fataki ont contraint de nombreuses personnes à fuir leurs villages. En janvier 2026, environ 5 500 civils ont trouvé refuge à proximité de la base onusienne de Fataki. Dans le groupe, on compte environ 1 900 femmes et 1 400 enfants, cherchant protection auprès des Casques bleus népalais. « Nous sommes reconnaissants envers les Casques bleus de la MONUSCO pour la protection dont nous bénéficions », a déclaré l’un des représentants des déplacés.

La MONUSCO renforce sa présence à Goma pour suivre le cessez-le-feu et coordonner l’action humanitaire avec les agences onusiennes et les ONG locales. La reprise des liaisons aériennes après plus d’un an d’interruption facilite l’acheminement de vivres, de médicaments et de matériel médical, et ouvre des corridors humanitaires vers les zones isolées. Un cessez-le-feu effectif pourrait stabiliser les centres urbains et permettre le retour progressif des déplacés. Mais la moindre violation compromettrait ces efforts.

Le 18 février constitue moins une solution définitive qu’une épreuve de crédibilité : si les armes se taisent durablement, la région des Grands Lacs pourra amorcer une nouvelle dynamique de reconstruction. Dans le cas contraire, l’Est de la RDC restera plongé dans une instabilité chronique aux répercussions régionales lourdes.

Par Inès KABASELE TSHIELA, à Kinshasa

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