Bassirou Diomaye Faye, seul contre tous au Sénégal ?
Après le désaveu d’une partie de la classe politique de la coalition « Diomaye Président », une vaste campagne de désabonnement à ses réseaux sociaux tient en haleine le Sénégal. Si Diomaye Faye temporise, le pays attend toujours l’apparition publique du duo qu’il forme avec Ousmane Sonko…

Ce 23 novembre, le président Bassirou Diomaye Faye a décollé pour Luanda, en Angola, où il participe au 7ᵉ sommet Union européenne–Union africaine, prévu du 24 au 25 novembre 2025. Sur les images publiées — comme de coutume — par les plateformes de la présidence sénégalaise, pas la moindre trace du tout-puissant Premier ministre, Ousmane Sonko. Pourtant, depuis avril 2024, les deux dirigeants mettent soigneusement en scène ces moments pour afficher leur complicité et leur complémentarité. Même après leur première brouille — née de propos polémiques de Sonko évoquant un manque d’autorité du président mi-juillet 2025 — ils avaient réaffirmé publiquement leur cohésion.
Cette fois, seul un communiqué du Bureau politique des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef) a tenté de rassurer les sceptiques. De retour de quelques jours de «congé», le Premier ministre a bien participé au Conseil des ministres du 19 novembre. Le communiqué final évoque des prises de parole du président et du Premier ministre, mais les images de la présidence comme celles de la télévision nationale, RTS 1, n’ont montré aucune scène complice.
Le président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye — présenté comme l’un des principaux médiateurs — a brisé le silence en annonçant une prise de parole imminente : « Quelqu’un va s’exprimer dans les prochains jours. Le plus important, c’est que le compagnonnage va continuer, s’il plaît à Dieu », a-t-il déclaré samedi, selon les propos rapportés par le site d’informations Senego.
Pluie de soutiens pour Sonko
Selon Senenews, l’absence de Sonko à l’aéroport dimanche s’expliquerait par un déplacement à Abu Dhabi, aux Emirats arabes unies, la veille. Le média en ligne rapportait des propos tenus, samedi, par El Malick Ndiaye. Toutefois, ni ses réseaux personnels ni ceux de la Primature n’en ont fait mention. En septembre 2025, lors d’un précédent voyage, les services de la présidence avaient pourtant diffusé son agenda. Par ailleurs, jusqu’ici, Sonko et Diomaye ne s’absentaient jamais simultanément : courant septembre, le Premier ministre avait dû annuler un déplacement en France, car le président partait à 80e session l’Assemblée générale des Nations unies tenu du 9 au 29 septembre 2025.
Dans cette querelle, une majorité de Sénégalais semble avoir choisi son camp : Ousmane Sonko. Les messages de soutien affluent sur les réseaux sociaux et dans les démembrements du Pastef à travers le pays. Parmi ceux qui ont voté pour Diomaye à la demande de Sonko, la confiance en ce dernier reste intacte. Le 8 novembre, lors de son «terameeting» — tenu en l’absence du président Faye — Sonko a transformé l’événement en test de popularité. « Il y aura un avant et un après 8 novembre », promettait-il. Des milliers de partisans avaient afflué vers l’esplanade du stade Léopold-Sédar-Senghor pour réaffirmer leur soutien au Premier ministre.
Parmi les cadres du Pastef, contrairement à El Malick Ndiaye qui s’est tenu à distance de la querelle, Abass Fall, maire de Dakar, a pris position : « Nous ne laisserons personne usurper notre victoire, acquise de haute lutte », a-t-il publié sur les réseaux sociaux.
Diomaye, seul contre tous
Les jours suivant le «terameeting» ont davantage mis en lumière la fracture qui ne cesse de se creuser au sommet de l’État que l’unité que le parti majoritaire tente d’afficher. « Les destructeurs veulent des tensions et une séparation entre Bassirou Diomaye Faye et moi. Une dissension ne viendra pas de moi, et — je le pense — elle ne viendra pas de lui non plus », déclarait Sonko le 8 novembre. Trois jours plus tard, coup de tonnerre : Diomaye Faye provoque la rupture en décidant de nommer Aminata Touré, ancienne Première ministre de Macky Sall, à la tête de la coalition «Diomaye Président», à la place d’Aïda Mbodj – transfuge du Parti démocratique sénégalais (PDS) et soutenue par Sonko.
A la suite de cet événement, Sonko s’est publiquement muré dans le silence, laissant ses soutiens monter en première ligne. Au Pastef, les ténors qui se sont exprimés affichent leur alignement sur la position de Sonko. Ayib Daffé, président du groupe Pastef à l’Assemblée nationale, a relayé sur Facebook un communiqué désavouant la décision du président. Toujours sur Facebook, Abass Fall a, le 23 novembre, critiqué Diomaye, l’invitant à prendre des mesures pour que cessent les attaques contre le président du Pastef.
Depuis quelques jours, une campagne massive de désabonnement vise la page Facebook de Diomaye, initiée par des activistes. À l’origine : le président n’est pas abonné à la page de Sonko. En quelques jours, il a perdu des milliers de followers. Même les pages de ses épouses, Absa Faye et Marie Koné Faye, subissent le même sort.
Par Pape Madiakhaté, à Dakar




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