Notre chère CAN !
La Confédération africaine de football a tranché : la Coupe d’Afrique des nations retrouve son rythme biennal, moins d’un an après l’annonce choc de Patrice Motsepe, en décembre 2025, d’un passage à quatre ans. Un retour au bon sens qu’attendait le continent et des acteurs du football africain, mais qui sent l’improvisation et relance le débat sur la gouvernance du football africain.

Il aura fallu à peine plus de dix mois. Le samedi 20 décembre 2025, à la veille du coup d’envoi de la CAN au Maroc, Patrice Motsepe annonçait depuis Rabat que la Coupe d’Afrique des nations se jouerait désormais tous les quatre ans à partir de 2028. Ce jeudi 29 octobre 2026, le Comité exécutif de la CAF a décidé, à l’unanimité, de faire machine arrière : la CAN se tiendra de nouveau tous les deux ans. Nous écrivions alors, dans Les Faits D’ici, que l’Afrique entrait dans l’une de ses dernières CAN « tous les deux ans ». Nous sommes heureux de ce retournement de la CAF !
Car la CAN n’est pas un tournoi comme les autres. Depuis plus d’un demi-siècle, elle rythme la vie du continent. Elle est ce rendez-vous où les rues se vident à l’heure du match, où les bars et les maquis débordent, où les écoliers rejouent la finale dans la cour de récréation et où chaque pays, petit ou grand, se prend à rêver. Un rituel. Et l’on ne réforme pas un rituel d’un simple communiqué.
Un aveu plus qu’une victoire
Dans sa déclaration, le président de la CAF justifie ce revirement par la défense des intérêts du football africain, des 54 associations membres et des joueurs africains évoluant hors du continent. Mais l’argument décisif est ailleurs. La CAF reconnaît que la Ligue des nations africaine, censée prendre le relais de la CAN biennale, aurait mis plusieurs années avant de générer les ressources financières dont le football du continent a besoin.
Autrement dit, la réforme reposait sur une promesse que personne n’était en mesure de garantir. La CAN, elle, rapporte, et tout de suite. Comme le rappelle le sélectionneur du Bénin, Gernot Rohr, ces revenus ne profitent pas seulement à la CAF : ils sont redistribués aux fédérations, dont beaucoup en dépendent pour fonctionner.
Faut-il s’en réjouir ? Assurément. Faut-il applaudir des deux mains ? Avec mesure. Une décision de cette ampleur avait été annoncée à la veille d’une phase finale, sans véritable débat, au point que certains membres de l’instance affirmaient ne pas avoir été consultés. Elle est aujourd’hui abandonnée moins d’un an plus tard. Ce va-et-vient révèle une gouvernance qui décide d’abord et réfléchit ensuite.
Il nourrit aussi un soupçon tenace : celui d’une réforme pensée pour arranger la FIFA et les grands clubs européens, lassés de libérer leurs internationaux africains tous les deux ans. Patrice Motsepe a balayé ces accusations avec vigueur. Il n’empêche : c’est bien la pression des acteurs du football africain qui a fini par l’emporter. Notre compatriote Joseph-Antoine Bell, l’un des opposants les plus constants au cycle quadriennal, le résumait simplement : jouer la CAN tous les deux ans, « ça ne gênait personne sur notre continent ».
Un calendrier à remettre d’aplomb
Le retour au rythme biennal ne règle pas tout, loin de là. La prochaine édition, baptisée « Pamoja », se jouera du 19 juin au 17 juillet 2027 au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie, première CAN coorganisée par trois pays. Suivront les éditions 2028, puis, la Coupe du monde 2030 interdisant toute phase finale continentale la même année, 2031 et 2033.
Deux CAN en moins d’un an entre l’été 2027 et 2028, un pays hôte pour 2028 toujours pas désigné, des appels à candidatures lancés pour 2028, 2032 et 2036 sur la base d’un cycle quadriennal qui n’existe plus : le chantier est considérable. La CAF devra clarifier rapidement son calendrier, faute de quoi les fédérations, les clubs et les pays candidats navigueront à vue.
Le vrai chantier : la crédibilité
Surtout, rendre à la CAN son rythme ne suffira pas à lui rendre son éclat. Dix mois après la finale de Rabat, l’Afrique ne sait toujours pas officiellement qui est son champion. Le Sénégal s’était imposé 1-0 après prolongation sur le terrain, le 18 janvier 2026, avant que le jury d’appel de la CAF ne le déclare forfait, à la suite d’une sortie momentanée de ses joueurs, et n’attribue le titre au Maroc sur tapis vert. Le Tribunal arbitral du sport, saisi par la Fédération sénégalaise, doit se prononcer d’ici la fin novembre.
Quelle que soit l’issue, cette affaire a abîmé l’image de la compétition. Elle rappelle que la CAN a autant besoin d’un arbitrage irréprochable, de règles disciplinaires claires et de décisions transparentes que d’un calendrier régulier.
Notre chère CAN revient donc à la maison. Les Africains l’ont défendue, ils l’ont récupérée. C’est une victoire de ceux qui la font vivre : les supporters, les joueurs, les entraîneurs, les fédérations, les médias du continent. À la CAF, désormais, de se montrer à la hauteur de cet attachement. La prochaine réforme, car il y en aura d’autres, gagnerait à être construite avec eux, et non annoncée à leur place. La CAN n’appartient ni à un comité exécutif ni aux calendriers des clubs européens. Elle appartient à l’Afrique. Rendez-vous en 2027, pour la fête du football africain !
Par Les Faits D’ici




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