Cameroun : un 15e rapport anticorruption, quelles suites ?
Avec son 15e rapport annuel présenté le 8 octobre 2026, la Commission national anti-corruption au Cameroun chiffre à 6,27 milliards de FCFA le préjudice lié à la corruption en 2025, en hausse de 54,4 %. Mais d’un rapport à l’autre, une question demeure : que font les administrations de ces constats ?

Dieudonné Massi Gams, président de la Commission nationale anti-corruption (CONAC), a présenté le 15e rapport de l’institution le 8 octobre 2026 à Yaoundé, la capitale du Cameroun. Le document chiffre le préjudice à 6,27 milliards de FCFA, contre environ 4 milliards de FCFA en 2024. La hausse atteint 2,21 milliards, soit 54,4 %.
Pour Me Charles Nguini, avocat et ancien président de la section camerounaise de Transparency International, cette progression traduit aussi une meilleure visibilité des pertes. « L’augmentation de 2 milliards de FCFA par rapport à 2024 ne signifie pas simplement une hausse de la corruption, mais aussi une hausse de sa perception et de sa visibilité », estime-t-il. Il cite les pertes fiscales, les marchés publics fictifs, les détournements dans les entreprises publiques et les paiements illicites. Selon lui, le préjudice annoncé représente moins de 1 % du budget national.
La publication d’un bilan ne prouve pas pour autant que les recommandations précédentes ont été suivies d’effet. Comparer celles des rapports de 2022 à 2025 permettrait d’identifier les mesures exécutées et celles restées sans suite.
Du signalement à la sanction
La CONAC a reçu 8 036 dénonciations en 2025, contre 10 520 en 2024, soit une baisse de 23,6 %. Dieudonné Massi Gams l’attribue notamment à trois facteurs : la sensibilisation, les unités anticorruption et les lignes vertes. Les cliniques anticorruption de l’Adamaoua et du Littoral ont pris 23 personnes en flagrant délit. Le rapport recense également 116 étudiants sanctionnés pour fraude aux examens. Il relève des perceptions illicites de frais, des abus de fonction, des détournements et du trafic d’influence.
Combien de ces dénonciations ont débouché sur une enquête, une sanction ou des poursuites ? Combien ont été classées sans suite ? Me Nguini déplore « beaucoup de dénonciations, mais très peu de sanctions ». Selon lui, plus de 90 % des actes de corruption du quotidien resteraient sans suite judiciaire ou disciplinaire. Les données des services concernés permettraient de vérifier cette estimation.
L’avocat estime que les causes sont structurelles. « Quand un jeune fonctionnaire touche un salaire de 150 000 FCFA et doit payer un loyer de 200 000 FCFA à Yaoundé, la corruption devient un calcul économique, et non un manque d’éducation morale », explique-t-il. Il formule plusieurs propositions : la dématérialisation des procédures ; la publication des sanctions ; la protection des lanceurs d’alerte ; et une prime de 10 % des sommes recouvrées versée aux dénonciateurs.
Selon lui, certains secteurs reviennent d’un rapport à l’autre : les finances, les douanes, les marchés publics, la police, la justice et le foncier. Cette récurrence traduit une « question de rente » liée à l’argent, à la terre et aux autorisations.
Recouvrer et prévenir
L’Agence nationale d’investigation financière (ANIF) a reçu 1 764 déclarations d’opérations suspectes en 2025, contre 1 608 en 2024, soit une hausse de 8,88 %. Leur exploitation a permis de recenser 294 cas, dont 169 liés à des fraudes. Les flux concernés dépassent 761 milliards de FCFA, sans constituer un préjudice établi du même montant. De leur côté, le Tribunal criminel spécial et la Société de recouvrement des créances ont recouvré 5,8 milliards de FCFA.
Le sociologue Henri Teko considère que la corruption est devenue un fait social par sa régularité, mais qu’elle ne saurait être une culture. Il pointe « la résistance à la digitalisation » dans les transports, les finances et les douanes, où le contact direct favorise les demandes indues. Il appelle les administrations à appliquer les codes de déontologie et à sanctionner les agents fautifs.
Les institutions doivent rendre compte
Sur les 270 entités sollicitées, 112 ont contribué au rapport, soit 41,5 %, contre 104 en 2024. On y compte notamment 32 départements ministériels, 47 établissements et entreprises publics et 12 juridictions. La CONAC recommande d’accroître les moyens des structures anticorruption. Elle appelle aussi à avancer vers l’adoption d’une loi anticorruption, dans le cadre de l’internalisation des instruments juridiques internationaux.
Plusieurs institutions doivent désormais documenter les suites réservées à ces recommandations : la CONAC, le Contrôle supérieur de l’État, le Tribunal criminel spécial, le Conseil de discipline budgétaire et financière et les ministères concernés. Les procédures modifiées, les sanctions prononcées et le sort des dossiers permettraient d’évaluer les résultats au-delà de la publication du rapport.
Par Jean Daniel MVONDO, à Yaoundé




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