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CEMAC : pétrole, bois, industrie ralentissent l’économie en 2025

Présentées le 22 septembre 2026 à Yaoundé, au siège de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), à l’occasion du lancement des Perspectives économiques régionales 2026 et du Rapport pays Cameroun 2026, les nouvelles analyses de la Banque africaine de développement (BAD) dressent le constat d’une économie régionale qui a nettement chuté en 2025.

Bois-Cameroun-1 CEMAC : pétrole, bois, industrie ralentissent l’économie en 2025
Une exploitation des forêts au Sud du Cameroun. ©Fanny Pigeaud

La croissance de l’Afrique centrale est passée de 12,9 % en 2024 à 3,6 % en 2025 et devrait remonter à 3,8 % en 2026 puis 4,1 % en 2027. C’est la substance du rapport de la Banque africaine de développement (BAD) sur les Perspectives économiques régionales pour l’Afrique centrale et de son Rapport pays pour le Cameroun présentés le 22 septembre à Yaoundé, capitale du Cameroun. Ces documents s’intéressent à la mobilisation des financements à grande échelle pour le développement de l’Afrique centrale dans un monde fragmenté.

Dans les secteurs qui font traditionnellement vivre les économies de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), le pétrole, le bois, les industries, les mines et la construction ont tous connu un ralentissement. La progression des investissements en Afrique centrale serait ainsi passée de 12,9 % en 2024 à 3,7 % en 2025, tandis que les exportations nettes ont reculé de 4,4 %.

Le pétrole n’a pas fait de recette en 2025

Le pétrole est pourtant au cœur de l’économie de plusieurs pays de la sous-région. Mais en 2025, la production de brut de la CEMAC a baissé de 2,4 % par rapport à l’année 2024. Au Cameroun, la production pétrolière a reculé de 8,8 % selon les données reprises dans le rapport régional. D’autres données sectorielles évoquent une baisse encore plus importante en volume, avec environ 19,3 millions de barils produits en 2025 contre 21,3 millions un an plus tôt. Le problème est connu : plusieurs champs du bassin de Rio del Rey arrivent à maturité et les nouveaux projets ne compensent pas encore suffisamment leur baisse.

Ce recul a également une explication budgétaire. Les recettes pétrolières transférées au Trésor camerounais auraient chuté de 516,3 milliards à 364,6 milliards de FCFA, soit une baisse de 29,4 %. Le ralentissement de la production ne concerne donc pas seulement les plateformes pétrolières : il finit par toucher directement les finances publiques.

La Guinée équatoriale illustre aussi cette dépendance. La BAD indique désormais une baisse de 16,8 % de la production pétrolière en 2025, sous l’effet notamment du vieillissement des gisements, des arrêts temporaires de production et de l’absence de nouveaux sites majeurs. L’économie du pays s’est contractée de 6 % selon la fiche pays de la BAD.

Des champs de pétrole vieillissent au Gabon et au Tchad

Au Gabon, le mouvement révèle le même problème de fond. Les prévisions budgétaires retenaient une baisse de 2,1 % de la production pétrolière en 2025, avec 11,125 millions de tonnes contre 11,640 millions en 2024. Certains opérateurs ont connu des baisses plus fortes, notamment en raison d’arrêts planifiés sur des champs matures. Le phénomène dépasse donc les changements ponctuels du marché. Dans plusieurs pays, une partie des gisements historiques entre progressivement dans une phase de maturité avancée. Les investissements nouveaux doivent alors courir plus vite pour empêcher la production nationale de décrocher.

La République du Congo est lui aussi exposé. Le pétrole représente environ 25 % du PIB, 90 % des exportations et 65 % des recettes fiscales. La baisse des prix du brut et la maturité des champs exercent une pression sur les recettes publiques. Le principal enjeu devient alors moins de produire davantage à court terme que de réduire la dépendance à une ressource dont les volumes et les prix échappent largement aux États.

Au Tchad, le mouvement est plus modéré mais mérite une attention particulière. Le FMI anticipait une baisse de 0,7 % de la production pétrolière en 2025, après -1,2 % en 2024, notamment en raison de problèmes techniques et du vieillissement progressif des champs. Le bassin de Doba, exploité depuis 2003, entre lui aussi dans une phase où le maintien des volumes suppose davantage d’investissements et de capacités techniques. Pour N’Djamena, le risque est clair : si les nouveaux investissements ne prennent pas le relais suffisamment vite, le pétrole pourrait progressivement rapporter moins alors qu’il reste une source essentielle de recettes et de devises.

La crise du bois amplifie la chute

Le rapport Afrique centrale indique que le ralentissement ne s’arrête pas au pétrole. La production de bois a diminué de 5,5 % dans la région en 2025. Là encore, la moyenne cache des situations nationales beaucoup plus contrastées. Le Gabon en est un des exemples. La filière bois y aurait chuté de 23,7 % en 2025, avec des baisses particulièrement fortes dans le sciage et le placage. La faiblesse de la demande chinoise, les difficultés d’approvisionnement en grumes, les problèmes logistiques et les perturbations de l’alimentation électrique ont pesé sur les industriels.

La Chine reste un débouché majeur pour les bois d’Afrique centrale. Le ralentissement du secteur immobilier chinois a donc des conséquences jusque dans les forêts gabonaises. À l’échelle régionale, les exportations de bois seraient passées d’environ 3,8 millions de mètres cubes en 2023 à 3,4 millions en 2025. La BEAC anticipe même un nouveau recul des exportations régionales de bois en 2026, de l’ordre de 7,3 %.

Industrie et construction battent de l’aile

Après les matières premières, c’est l’activité industrielle qui montre des signes de faiblesse. En Guinée équatoriale, l’industrie a reculé de 7,7 % en 2025, après déjà -0,5 % en 2024. Le phénomène s’inscrit dans une économie encore dépendante des hydrocarbures. Au Gabon, l’industrie a légèrement reculé de 0,2 %, après une progression de 2,3 % en 2024. Le ralentissement du bois et des activités liées au pétrole a pesé sur les performances industrielles. La construction n’échappe pas au mouvement. À l’échelle régionale, son rythme de croissance a perdu 5,4 points de pourcentage. Au Gabon, au Congo et au Cameroun, la demande en matériaux de construction a notamment souffert de l’achèvement de plusieurs grands chantiers engagés les années précédentes.

Le phénomène peut sembler paradoxal dans une région qui manque encore d’infrastructures. Mais l’arrêt ou l’achèvement d’un grand projet produit mécaniquement un trou pour les entreprises qui fournissent ciment, acier, agrégats, transport et services associés. Sans nouveau portefeuille de projets, l’activité ralentit rapidement.

C’est peut-être l’un des chiffres les plus révélateurs de la situation. La croissance des investissements en Afrique centrale est passée de 12,9 % en 2024 à 3,7 % en 2025. Les exportations nettes ont parallèlement reculé de 4,4 %. Autrement dit, le ralentissement des secteurs productifs intervient au moment où l’effort d’investissement perd lui aussi de la vigueur. Cela crée un cercle délicat : moins d’investissements signifie moins de nouvelles capacités, tandis que la faiblesse de certaines productions réduit les recettes permettant de financer de nouveaux projets.

2026 et 2027 : le rebond attendu

La BAD estime d’ailleurs à 42,9 milliards de dollars par an, à l’horizon 2030, les besoins de financement nécessaires pour accélérer la transformation structurelle des économies d’Afrique centrale. Le déficit de financement atteindrait 35,6 milliards de dollars par an. La BAD ne prévoit pas pour autant une rupture durable. Après une croissance estimée à 3,6 % en 2025, l’Afrique centrale devrait atteindre 3,8 % en 2026 puis 4,1 % en 2027. La reprise attendue des investissements pétroliers et gaziers, les activités minières, l’énergie et la construction devraient soutenir cette accélération.

Pour le Tchad comme pour ses voisins de la CEMAC, le véritable défi est donc de profiter de la prochaine phase d’investissement pour préparer l’après-pétrole, renforcer la transformation locale et élargir les moteurs de croissance.

Par Akimas GAKNONÉ GABDOULBÉ, à N’Djamena

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