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Afrique : l’agriculture menacée par la chute de 80% des importations d’engrais

Une guerre au Moyen-Orient, et voilà les champs africains qui en paient le prix. Les perturbations du détroit d’Ormuz ont fait chuter les importations d’engrais vers l’Afrique. La RDC, le Kenya, le Mozambique et l’Afrique du Sud comptent parmi les plus menacés. L’Égypte et le Nigeria, eux, ont saisi l’occasion pour vendre davantage.

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Des producteurs agricoles dans un champ de maïs. Crédit image: Tawaye (CC BY-SA 4.0 )

Un détroit bloqué au Moyen-Orient, et c’est tout un continent qui tremble pour ses récoltes. Les tensions autour du détroit d’Ormuz n’ont pas seulement fait grimper le prix du pétrole. Elles ont coupé l’accès à trois produits que peu de gens connaissent, mais dont l’agriculture mondiale dépend chaque jour. Pamela Coke-Hamilton, directrice exécutive du Centre du commerce international (CCI), a détaillé l’ampleur du choc lors d’un point de presse au Forum public de l’OMC, le 16 septembre à Genève. « Les dernières perturbations dans le détroit d’Ormuz nous rappellent que les chocs commerciaux d’aujourd’hui restent rarement confinés à un seul secteur ou à une seule région », a-t-elle prévenu.

Le pétrole a capté l’attention. À raison, selon la directrice du CCI. Les importations de brut en provenance des économies exposées au détroit ont chuté de 51 % au deuxième trimestre, par rapport à l’an dernier. Celles de gaz naturel liquéfié et de méthanol ont plongé de près de 90 %.

Mais un autre chiffre passe inaperçu. Les importations d’urée, d’ammoniac et de soufre venues de la région ont reculé de plus de 80 % sur la même période. « Il ne s’agit pas simplement de produits de base industriels », insiste Pamela Coke-Hamilton. « Ce sont des intrants essentiels à la production d’engrais, qui ont des répercussions sur la production alimentaire et agricole dans le monde entier. »

L’Afrique en première ligne

Les pays les moins avancés achetaient jusqu’ici 61 % de leur ammoniac et 68 % de leur soufre auprès des économies touchées par les perturbations du détroit. La rupture d’approvisionnement les frappe donc de plein fouet. Pamela Coke-Hamilton cite quatre pays africains parmi les plus exposés : la République démocratique du Congo, le Kenya, le Mozambique et l’Afrique du Sud. À leurs côtés figurent le Bangladesh et le Pakistan, en Asie du Sud. Même le Brésil encaisse le contrecoup. Ses importations d’urée ont baissé de 55 %. Leur coût a bondi de 56 % sur la même période. « Ce qui commence comme un choc commercial et logistique peut rapidement devenir un problème de sécurité alimentaire », résume la directrice du CCI. Les approvisionnements se raréfient. Les prix suivent la même pente. L’un entraîne l’autre.

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Pamela Coke-Hamilton, directrice exécutive du Centre du commerce international, le 16 septembre 2026 à Genève. ©Fabrice Poro

Les chiffres confirment la tendance. Sur les marchés suivis par le CCI, le prix moyen à l’importation de l’urée a grimpé de 70 % en un an. Celui de l’ammoniac a augmenté de 82 %. Celui du soufre s’est envolé de 151 %. « Si ces coûts persistent, les agriculteurs auront des difficultés à accéder aux intrants dont ils ont besoin, en particulier dans les économies de petite taille et dépendantes des importations », avertit Pamela Coke-Hamilton.

L’Égypte et le Nigeria à l’offensive

Face à la pénurie, deux pays africains ont réagi vite. L’Égypte a presque doublé ses exportations d’urée. Elle les a dirigées en priorité vers l’Inde. Le Nigeria a augmenté les siennes de 81 %, avec l’Australie et l’Inde comme principaux clients. « Cela montre le potentiel d’un renforcement du commerce régional et du commerce Sud-Sud », observe Pamela Coke-Hamilton. Deux producteurs africains ont su saisir un marché laissé vacant par la crise du Golfe. Le potentiel existe donc. Reste à savoir s’il profitera un jour aux voisins du continent plutôt qu’à l’Inde ou à l’Australie.

Car la capacité à saisir une opportunité ne suffit pas à la conserver. Le CCI observe que seules trois ou quatre petites entreprises exportatrices africaines sur dix continuent d’exporter, un an après leurs débuts à l’international. Chez les grandes entreprises, la proportion grimpe à sept sur dix. «La réussite ne consiste pas simplement à aider les entreprises à exporter », insiste la directrice du CCI. « Il s’agit de les aider à rester sur le marché, à se développer et à résister à des chocs répétés. »

Construire la résilience

Pamela Coke-Hamilton en tire une leçon claire. La résilience doit devenir une priorité, pas un simple réflexe de crise. Elle appelle à investir dans l’intelligence commerciale, à aider les entreprises à diversifier leurs marchés et leurs fournisseurs, à renforcer les chaînes de valeur régionales. Les petites entreprises, ajoute-t-elle, ont besoin d’un accès facilité aux informations, au financement et aux réseaux pour s’adapter.

Elle met aussi en garde contre une tentation. Certains gouvernements prennent des mesures pour sécuriser leurs approvisionnements essentiels. Ces mesures, si elles se transforment en restrictions commerciales, risquent de peser encore plus lourd sur les pays déjà vulnérables. « La coopération et la transparence restent essentielles », prévient-elle.

« La leçon du détroit d’Ormuz est claire », conclut Pamela Coke-Hamilton. « Le défi n’est pas seulement de répondre aux perturbations d’aujourd’hui, mais de construire des systèmes commerciaux capables de mieux résister à celles de demain. »

Par Fabrice PORO, envoyé spécial à Genève

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