En Afrique de l’Ouest, le commerce vivrier pèse plus de 10 milliards de dollars
Portés en grande partie par les circuits commerciaux informels, les échanges de produits alimentaires entre les pays ouest-africains représentent près de six fois leur valeur officiellement enregistrée. Un rapport conjoint de l’OMC et de l’OCDE met en lumière le poids de ce marché, mais aussi les obstacles financiers, logistiques et réglementaires qui limitent son développement.

Les échanges vivriers d’Afrique de l’Ouest sont largement sous-estimés. Avec les flux absents des statistiques, leur valeur dépasse 10 milliards de dollars par an. Ils représentent près de 40 % des produits alimentaires échangés dans la région. Ces estimations figurent dans le rapport conjoint de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), publié en octobre 2026 et nourri notamment par les travaux du Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest.
Souvent informels, ces échanges portent sur le maïs, le riz, les légumes ou le bétail. Ils relient les zones excédentaires du Sahel aux marchés côtiers déficitaires et contribuent à l’approvisionnement des villes. Les petits commerçants, notamment les femmes, jouent un rôle central, mais leur activité reste peu visible dans les données publiques.
Un poids économique et social majeur
Selon une étude d’Allen, Heinrigs et Heo (2018) citée par le rapport, l’économie alimentaire représente environ deux tiers des emplois en Afrique de l’Ouest. Elle mobilise producteurs, transformateurs, grossistes et transporteurs. La demande alimentaire régionale pourrait atteindre 480 milliards de dollars d’ici 2030. Une enquête menée auprès de plus de 3 200 commerçants dans 32 marchés de huit économies ouest-africaines révèle les contraintes du secteur. Les restrictions commerciales et fiscales sont citées par 42 % des répondants. Les procédures aux frontières et l’accès aux prêts arrivent à égalité, à 40 %. L’insécurité concerne 38 % des sondés, les infrastructures de transport 30 % et le manque d’informations sur les marchés 20 %.
Frontières coûteuses, financement insuffisant
Les barrages routiers, la diversité des règles commerciales et les restrictions aux échanges renchérissent les transactions. Leur harmonisation pourrait réduire de 30 % les coûts du commerce dans la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), selon une estimation de la CNUCED de 2018 citée par le rapport. Les corridors alimentaires souffrent aussi du manque d’investissements dans les routes, la logistique et les chaînes du froid.
Le financement constitue un autre frein. Un encadré consacré à l’Africa AgriTrade Coalition évalue à plus de 50 milliards de dollars le déficit de financement du commerce agricole africain. Le cacao et la noix de cajou ouest-africains figurent parmi les filières touchées. En 2024, l’aide au commerce destinée à l’agriculture en Afrique a atteint 4,7 milliards de dollars.
Depuis 2006, l’initiative Aide pour le commerce a mobilisé 795 milliards de dollars, selon Pilar Garrido, directrice de la coopération pour le développement de l’OCDE. Les décaissements ont atteint 51 milliards de dollars en 2024, en hausse de 2 % sur un an. Si les tendances actuelles se maintiennent, l’aide bilatérale au commerce pourrait toutefois diminuer d’environ 22 % entre 2024 et 2026.
Corridors et intégration régionale
Le rapport préconise de financer les infrastructures et les services qui facilitent les échanges : procédures frontalières simplifiées, énergie, connexions numériques et accompagnement des entreprises. L’autoroute Abidjan-Lagos pourrait générer jusqu’à 16 milliards de dollars d’impact économique. Les résultats obtenus ailleurs montrent les gains possibles. Au poste-frontière de Kazungula, entre la Zambie et le Botswana, les délais de dédouanement sont passés de sept jours au maximum à 16 heures. David Beer, directeur général de TradeMark Africa, indique que les postes à guichet unique soutenus par son organisation ont réduit de 70 % en moyenne les temps de passage. Il souligne que les infrastructures doivent avancer avec les systèmes numériques, les normes et le dialogue public-privé.
La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qui prévoit la libéralisation de 90 % des lignes tarifaires, pourrait accroître de 25 % les échanges intra-africains d’ici 2040. Cette intégration suppose aussi de renforcer les capacités des États à négocier et appliquer les règles commerciales. Le 27 octobre à Genève, Xiangchen Zhang, directeur général adjoint de l’OMC, a rappelé que l’Afrique ne représente qu’environ 3 % des exportations mondiales de marchandises et 2 % de celles de services. Le continent doit donc accroître et diversifier ses exportations.
Par Fabrice PORO




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