« Vol de mégas » et tarifs élevés, Orange et MTN sous pression
À l’origine d’un appel au boycott ce 30 octobre 2026, les griefs contre le français Orange et le sud-africain MTN se multiplient en Afrique. Les Camerounais par exemple dénoncent l’épuisement jugé anormal de leurs forfaits Internet, des tarifs élevés et une qualité de réseau insuffisante.

Le sentiment de ras-le-bol gagne les abonnés des opérateurs de téléphonie mobile au Cameroun, excédés par une consommation de données mobiles qu’ils jugent excessive, opaque et injustifiée. Des forfaits qui s’épuisent en quelques minutes, des crédits engloutis sans explication et des factures qui pèsent de plus en plus lourd sur des revenus déjà modestes : les accusations de « vol de mégas » prennent de l’ampleur. « Le vol de méga a atteint un autre niveau. Il est temps que le régulateur se penche sur cette problématique. C’est totalement en déphasage avec le niveau de revenus du Camerounais moyen dont le Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) situe entre 43 969 et 60 000 FCFA. Plus de 3 000 FCFA de crédit en 24 heures pour ceux qui n’utilisent que WhatsApp, Facebook et TikTok. C’est trop », dénonce la députée camerounaise Nourane Foster, dans une publication sur sa page Facebook, le 18 octobre 2026. Une interpellation qui traduit l’exaspération d’une partie des consommateurs, désormais nombreux à remettre en cause les mécanismes de décompte des données appliqués par les opérateurs.
Les témoignages se multiplient et mettent en cause une consommation jugée anormalement rapide, y compris pour des usages numériques limités. Samuel Mengoué, étudiant, affirme avoir lui-même constaté cette anomalie après avoir effectué un test auprès des deux principaux opérateurs. « Hier, j’ai fait une expérience chez MTN et Orange. J’ai rechargé 100 mégas et je me suis rendu compte que, chez les deux opérateurs, dès que tu te connectes, 30 minutes après, les mégas finissent. Pire encore, j’étais uniquement sur WhatsApp, je n’ai ouvert aucun fichier », témoigne-t-il. Face à ce qu’il considère comme une pratique préjudiciable aux consommateurs, il appelle à une mobilisation collective. « Je pense qu’on doit dorénavant engager une bataille féroce contre ces opérateurs. C’est trop ! »
L’exaspération est également manifeste chez l’influenceur camerounais Dr Claudel Noubissie. Dans une intervention largement relayée sur les réseaux sociaux, il dénonce une dégradation persistante de la qualité des services, malgré les nombreuses réclamations des abonnés. « Les opérateurs de téléphonie mobile nous produisent une qualité de service qui est médiocre. Tout le monde le sait. Ce n’est pas aujourd’hui qu’on le sait », déplore-t-il.
Des forfaits jugés trop chers et volatiles
Cette accumulation de griefs a débouché sur un appel au boycott d’Orange Cameroun et de MTN Cameroon, prévu ce vendredi 30 octobre. Les initiateurs invitent les abonnés à suspendre l’utilisation des services des deux opérateurs et à se tourner vers Camtel, l’opérateur public, jusqu’à la prise en compte de leurs revendications. Ils estiment que les démarches entreprises auprès des entreprises concernées n’ont pas débouché sur des réponses satisfaisantes.
Pour les consommateurs, le problème dépasse désormais les dysfonctionnements ponctuels. Il concerne le rapport entre le prix payé, le volume de données effectivement consommé et la qualité du service fourni. Certains abonnés affirment ainsi voir disparaître en moins de trente minutes des forfaits de 4 Go achetés avec une validité de 30 jours. Pour les commerçants qui utilisent les réseaux sociaux pour promouvoir et vendre leurs produits, ces dépenses récurrentes constituent une charge supplémentaire.
Les comparaisons internationales alimentent également la contestation. Selon les données de Cable.co.uk, le coût moyen d’un gigaoctet de données mobiles au Cameroun s’établit autour de 956 FCFA, contre 117 FCFA en France, 229 FCFA au Nigeria et 235 FCFA au Ghana.
Sur le marché camerounais, Orange propose notamment 30 Go à 10 000 FCFA par mois, tandis que MTN commercialise 60 Go à 21 000 FCFA. En France, Sosh, marque du groupe Orange, affiche une offre de 200 Go en 5G à environ 10 490 FCFA. Ces tarifs ne sont toutefois pas directement comparables : les différences de pouvoir d’achat, de fiscalité et de conditions commerciales entre les marchés doivent être prises en compte.
La grogne contre les opérateurs mobiles n’est pas nouvelle en Afrique. Au Cameroun, le mouvement #OrangeIsTheNewMafia avait mobilisé des abonnés en août 2018 contre la gestion du crédit et l’épuisement des forfaits. Au Sénégal, Orange avait essuyé, en juillet 2020, une vague de contestations après la hausse des tarifs de ses offres « Illimix ». Face à la pression des consommateurs, le président Macky Sall avait sollicité une surveillance accrue de l’ARTP. Au Mali également, le mot-dièse #Mali100Mega avait relayé les plaintes sur la qualité de la connexion.
Au Burkina Faso, le régulateur en gendarme
Si les protestations se répètent sur plusieurs marchés africains, certaines ont débouché sur des mesures réglementaires. Au Burkina Faso, l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP) a annoncé, le 2 décembre 2025, la mise en application de mesures adoptées en 2023, initialement suspendues avant d’être validées par la justice.
Ces dispositions visent notamment à mieux protéger les consommateurs contre la perte de leurs crédits et l’expiration rapide de leurs forfaits. La durée de validité du compte principal a ainsi été portée de 90 à 180 jours après la dernière recharge. Les bonus peuvent désormais être utilisés pour communiquer vers tous les réseaux. Les crédits et les volumes de données non consommés peuvent également être récupérés dans un délai fixé après l’expiration des forfaits. Quant aux offres de 1 Go, elles doivent rester valables au moins un mois.
Ces mesures font suite à une mobilisation des consommateurs lancée en avril 2023 contre Orange, Moov Africa et Telecel. Selon Wendlassida Patrice Compaoré, secrétaire exécutif de l’ARCEP, leur mise en œuvre a contribué à réduire de 28 % à 45 % les prix moyens de certaines offres mensuelles d’Internet mobile. Les tarifs des SMS vers les autres réseaux nationaux ont également diminué de 50 %, tandis que les bonus sont progressivement ouverts à la concurrence.
Ces avancées ne suffisent cependant pas à rendre les services accessibles à l’ensemble de la population. En 2025, les dépenses mensuelles consacrées à l’Internet mobile représentaient encore 8,8 % du revenu national brut par habitant au Burkina Faso, selon l’Union internationale des télécommunications (UIT). Ce niveau reste largement supérieur au seuil d’abordabilité fixé à moins de 2 %. À titre de comparaison, cette proportion s’établissait à 5,32 % en moyenne en Afrique et à 1,38 % dans le monde.
La qualité du réseau en question
Au Cameroun, la contestation ne porte pas uniquement sur les tarifs et la consommation des données. Les abonnés dénoncent également des débits insuffisants, des interruptions intempestives de connexion et des appels qui n’aboutissent pas. Autant de dysfonctionnements qui alimentent le sentiment de payer pour un service dont la qualité ne correspond pas aux attentes.
L’Agence de régulation des télécommunications (ART) est également interpellée sur ces questions. Les 22 et 23 octobre 2026, l’institution a examiné les investissements réalisés par Orange Cameroun ainsi que leurs effets sur la qualité des services fournis aux abonnés. En 2025, elle avait déjà relevé des insuffisances en matière de transparence tarifaire et dans les mécanismes de désinscription à certains services à valeur ajoutée.
Par Fabrice PORO, à Yaoundé




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