Nigeria : le pari de Bola Tinubu pour attirer 50 milliards $ d’investissements
Le président nigérian Bola Ahmed Tinubu a approuvé, le 11 août 2026, une réforme destinée à relancer les projets pétroliers et gaziers en eaux profondes. Les autorités estiment que ce nouveau cadre réglementaire pourrait débloquer jusqu’à 50 milliards de dollars d’investissements, tout en renforçant le contenu local et la création d’emplois.

Selon un communiqué de la présidence de la République fédérale du Nigeria, le président Bola Ahmed Tinubu a approuvé le 11 août une réforme d’envergure destinée à relancer les grands projets pétroliers et gaziers en eaux profondes du pays, à l’arrêt depuis des décennies. Le nouveau cadre réglementaire, formalisé à travers le Deep Offshore Oil and Gas Projects Incentives (Tax Remission) Order, 2026, vise à débloquer jusqu’à 50 milliards de dollars de nouveaux investissements.
Cette réforme remplace le système de négociations projet par projet par un cadre d’investissement transparent et fondé sur des règles claires. L’objectif affiché est de restaurer la compétitivité du Nigeria auprès des capitaux internationaux mobiles, dans un secteur où plusieurs grands développements en eaux profondes restaient bloqués faute de visibilité réglementaire.
Le premier projet appelé à bénéficier de ce nouveau cadre est Bonga South West, un développement évalué à environ 10 milliards de dollars. Cette décision fait suite aux échanges du président Tinubu avec le directeur général du groupe Shell, Wael Sawan, qui avaient conduit à la mise en chantier d’un ensemble de mesures destinées à débloquer le pipeline d’investissements offshore du pays. Plutôt que de traiter les dossiers projet par projet, le gouvernement fédéral a choisi de transformer cette orientation en un cadre d’investissement global, applicable à plusieurs catégories de développements éligibles.
Un contenu local au cœur de la réforme
Le texte prévoit également une fenêtre claire pour les baux offshore existants, qui devront atteindre leur décision finale d’investissement d’ici le 31 décembre 2029 pour bénéficier de l’incitation standard complète. Sur le plan opérationnel, l’approbation permet à NNPC Limited, en tant que contrepartie désignée par l’État dans les contrats de partage de production, d’engager les amendements nécessaires aux contrats concernés afin de mettre en œuvre le nouveau cadre.
Au-delà du montant des investissements annoncés, la présidence insiste sur la dimension industrielle du projet. Selon Olu Arowolo-Verheijen, conseillère spéciale du président pour le pétrole et le gaz, les projets éligibles au dispositif devront maximiser leur exécution sur le territoire nigérian, dans la mesure du possible sur le plan commercial et technique, afin de renforcer l’ingénierie locale, la fabrication, la logistique maritime, les services techniques et la gestion de projets.
L’ambition affichée par les autorités est double : accroître l’investissement et la production, mais aussi créer des emplois qualifiés, approfondir les chaînes d’approvisionnement locales et positionner le Nigeria comme le hub régional de l’exécution de projets offshore en Afrique.
Pour les projets souhaitant accéder aux incitations supplémentaires prévues par le texte, l’ordonnance impose que les activités du projet soient réalisées au Nigeria, sous réserve d’exceptions clairement définies et des exigences en matière de contenu local nigérian.
Le message du président aux Nigérians
Dans une adresse à la nation, le président Tinubu a présenté cette réforme comme la dixième directive politique majeure de son administration spécifiquement destinée au secteur pétrolier et gazier depuis le début de son mandat. Il a souligné que les pays qui attirent les investissements de long terme ne sont pas nécessairement ceux qui disposent des plus grandes ressources naturelles, mais ceux qui offrent le plus de certitude. Le chef de l’État a présenté cette réforme comme le reflet de la détermination de son gouvernement à bâtir un environnement d’investissement fondé sur des règles claires, des institutions solides et des partenariats durables.
Le président a par ailleurs insisté sur sa volonté de voir les retombées économiques profiter directement aux Nigérians : implication des ingénieurs locaux, activité des chantiers de fabrication nationaux, contrats pour les entreprises maritimes et techniques nigérianes, et acquisition de compétences de niveau mondial par la jeunesse du pays.
« La vraie mesure de ces 50 milliards de dollars sera ce que les Nigérians en verront concrètement : de bons emplois, des entreprises nigérianes plus fortes, une production accrue, davantage de recettes pour la Fédération et des capacités bâties ici, chez nous », a-t-il fait valoir, reprenant le slogan désormais associé à sa politique économique : Nigeria First.
Par Aisha UMAR, à Abuja




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