Au Cameroun, le FSNC d’Issa Tchiroma suspendu pour trois mois
Par un arrêté signé ce 27 octobre, le ministre camerounais de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a suspendu le Front pour le Salut national du Cameroun (FSNC) du candidat arrivé officiellement deuxième à la présidentielle 2025, Issa Tchiroma Bakary, de toute activité pour trois mois.

Un an jour pour jour après la proclamation des résultats de la présidentielle de 2025, le Front pour le Salut national du Cameroun (FSNC), principale formation de contestation du pays se retrouve interdite sur l’ensemble du territoire camerounais. La sanction est tombée sans préavis. L’arrêté du 27 octobre 2026, prend effet dès sa signature. Le parti d’Issa Tchiroma Bakary, arrivé deuxième à l’élection du 12 octobre 2025 selon les chiffres officiels, ne peut plus tenir ni réunion, ni meeting, ni manifestation jusqu’à fin janvier 2027.
Le texte ministériel ne ménage pas le FSNC. Il lui reproche un « appel à l’insurrection », une atteinte à l’intégrité territoriale, à l’unité et à la souveraineté nationales, ainsi qu’une incitation à la violence ayant provoqué des destructions de biens publics et privés. S’y ajoutent des « troubles graves à l’ordre public ». Selon l’arrêté, ces actes ont été commis avant, pendant et après le scrutin présidentiel.
Un cinquième motif, plus inattendu, retient l’attention : « la résidence de l’un des dirigeants statutaires à l’étranger ». L’arrêté ne cite aucun nom, mais la cible ne fait guère de doute. Issa Tchiroma Bakary a quitté le Cameroun en novembre 2025. Il vit depuis en Gambie, où les autorités affirment l’accueillir à titre humanitaire. De Banjul, il continue de se proclamer « président élu ».
Dans le sillage du Tribunal militaire
Le calendrier n’a rien d’anodin. L’arrêté invoque explicitement les condamnations prononcées le 8 octobre 2026 par le Tribunal militaire de Yaoundé. Ce jour-là, 66 personnes arrêtées lors des manifestations post-électorales, 67 selon certains médias, ont été reconnues coupables de propagation de fausses nouvelles, de rébellion et d’attroupement. Leurs peines s’échelonnent de six mois avec sursis à quinze mois de prison ferme. La défense a annoncé des recours, et d’autres dossiers restent en instance.
Ces procès sont l’héritage d’une crise ouverte il y a un an. Le 27 octobre 2025, le Conseil constitutionnel proclamait Paul Biya vainqueur avec 53,66 % des voix, contre environ 35 % pour Issa Tchiroma Bakary. L’opposant avait rejeté ces résultats. Manifestations et opérations « villes mortes » avaient suivi, avec plus de 800 arrestations déclarées selon la presse locale.
Au Cameroun, les élections législatives et municipales couplées sont prévues pour le mois de février 2027, en attendant la convocation du corps électoral. Ces scrutins devraient théoriquement se tenir entre le 30 janvier et le 8 février 2027.
Un parti déjà en rupture avec les institutions
Depuis, le FSNC s’est tenu en marge du jeu institutionnel. Il a boycotté les élections régionales, puis le défilé du 20 mai 2026. Sur les législatives et municipales, il a oscillé entre boycott annoncé et participation. En exil, son président a porté plainte en France et en Suisse contre le pouvoir de Yaoundé. En juillet, il appelait même l’armée à faciliter son retour au pays.
Pour Paul Atanga Nji, la suspension n’est pas une première. En décembre 2024, le ministre avait déjà suspendu pour trois mois plusieurs organisations de la société civile, dont le Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale (REDHAC). Human Rights Watch avait alors dénoncé une atteinte à la liberté d’association.
Les gouverneurs, préfets et sous-préfets sont chargés de faire appliquer la mesure. Tout contrevenant s’expose à des poursuites judiciaires. Le FSNC peut, de son côté, contester l’arrêté devant les juridictions administratives. À l’heure où nous publions, ni Issa Tchiroma Bakary ni la direction du parti n’avaient réagi publiquement.
Par Jean Daniel MVONDO, à Yaoundé




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