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L’IA redessine le commerce mondial au risque d’exclure l’Afrique

Le commerce des biens liés à l’intelligence artificielle a représenté 42 % de la croissance du commerce mondial en 2025. Mais cette dynamique ne profite pas au continent africain. Le 17 septembre, la Directrice générale de l’OMC a appelé à une meilleure inclusion des économies en développement dans cette nouvelle économie.

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Le rapport 2026 sur le commerce mondial met en lumière le rôle des stratégies de promotion des exportations de services comme catalyseur de développement. ©WTO

Le commerce mondial continue de progresser malgré les tensions commerciales. En 2025, les échanges de marchandises ont augmenté de 4,6 %, contre une prévision de 2,4 % établie par l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Pour 2026, l’organisation table sur une progression de 1,9 %. Le premier trimestre affiche déjà une hausse de 3,2 %. Une partie importante de cette dynamique vient des produits liés à l’intelligence artificielle. Ils ont représenté 42 % de la croissance du commerce mondial l’année dernière. Derrière cette performance se dessine toutefois une géographie très déséquilibrée.

« Le commerce et les investissements liés à l’IA sont fortement concentrés », a relevé Ngozi Okonjo-Iweala, directrice générale de l’OMC, au cours d’une conférence de presse, le 17 septembre à Genève, à l’occasion du Forum public 2026. La plupart des gains commerciaux reviennent à l’Amérique du Nord et à l’Asie de l’Est. Les données de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) montrent également une forte concentration des investissements dans ces deux régions.

Pour l’Afrique, le risque est donc de voir se reproduire un schéma déjà connu. Le continent consomme les nouvelles technologies sans parvenir à capter une part suffisante de leur production, des investissements et de la valeur ajoutée.

Des barrières à lever

Le secteur repose sur des équipements stratégiques, notamment les semi-conducteurs et les processeurs. L’Accord sur les technologies de l’information encadre près de 3 000 milliards de dollars de biens liés à ces technologies, avec des droits de douane faibles, voire nuls. Cette ouverture facilite les échanges, mais elle ne garantit pas une répartition équitable des investissements. La directrice générale de l’OMC prévient d’ailleurs que la question n’est pas seulement celle de la croissance du commerce de l’IA. Il faut aussi s’interroger sur son caractère inclusif. « Si le reste du monde n’y est pas associé, les bénéfices du commerce de l’IA finiront par s’amenuiser », estime-t-elle.

Pour l’Afrique, cette équation renvoie directement aux infrastructures, aux compétences et à la capacité à attirer les capitaux. L’OMC estime que les pays en développement doivent améliorer leur environnement pour pouvoir intégrer les nouvelles chaînes de valeur. Cela passe notamment par les infrastructures et des politiques capables d’attirer les investissements.

L’enjeu dépasse les technologies

Le décrochage éventuel de l’Afrique dans l’IA intervient alors que sa présence dans le commerce mondial reste limitée. La part du continent demeure inférieure à 3 %, selon la directrice générale de l’OMC. Elle reconnaît que les règles commerciales doivent évoluer, mais souligne aussi la responsabilité des économies africaines dans leur propre transformation. « Il faut être compétitif pour attirer l’investissement, afin de pouvoir créer de la valeur ajoutée », a-t-elle expliqué. Elle insiste également sur les infrastructures nécessaires pour rendre les économies attractives.

Le numérique peut toutefois ouvrir une autre voie. Les services fournis par voie numérique permettent à des économies éloignées des grands marchés de contourner certaines contraintes logistiques. L’OMC considère que les nouvelles règles sur le commerce électronique doivent contribuer à rendre ces échanges possibles.

L’enjeu pour l’Afrique ne se limite donc pas à acheter davantage de solutions d’intelligence artificielle. Il consiste à prendre place dans les activités qui créent de la valeur, depuis les infrastructures et les services numériques jusqu’aux compétences et aux investissements. Sans cette montée en puissance, la croissance spectaculaire du commerce lié à l’IA pourrait surtout profiter à d’autres régions du monde.

Par Fabrice PORO, envoyé spécial à Genève

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