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Esclavage : le Ghana salue les excuses de Londres, mais réclame des actes

Le président ghanéen John Dramani Mahama a accueilli « avec un optimisme prudent » la disposition du Premier ministre britannique Andy Burnham à présenter des excuses officielles pour la traite transatlantique. Londres continue cependant d’écarter toute réparation financière, et c’est sur ce point que les positions divergent.

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Le président ghanéen John Dramani Mahama à Kingston, en Jamaïque, le 4 août 2026. (Photo d’archives : Présidence du Ghana)

Le Ghana a réagi moins de 24 heures après la sortie de Londres. Dans un communiqué publié ce 1er novembre 2026 par son porte-parole Felix Kwakye Ofosu, John Dramani Mahama salue la déclaration d’Andy Burnham sur la traite transatlantique. Il y voit « un moment charnière » et une reconnaissance « audacieuse, réfléchie, conciliante et honnête » de l’héritage esclavagiste et colonial britannique. Le chef de l’État s’exprime en tant que champion de l’Union africaine pour les réparations et président du Panel consultatif mondial sur la justice réparatrice.

Un virage britannique

Ce changement de ton est nouveau. Le 31 octobre, dans une tribune publiée par The Guardian, Andy Burnham a écrit que le Royaume-Uni devait regarder son passé en face. Il s’est dit « ouvert » aux appels à des excuses officielles au nom de l’État britannique, ce que Londres n’a jamais fait. Il propose aussi un « dialogue structuré » avec les pays touchés par la traite.

Le texte paraît à quelques jours du sommet des chefs de gouvernement du Commonwealth, prévu à Saint-Jean, à Antigua-et-Barbuda. Le roi Charles III termine au même moment une tournée de neuf jours dans les Caraïbes. Aux Bahamas, il a évoqué les souffrances et les injustices du passé, sans présenter d’excuses, conformément à la ligne fixée par le gouvernement.

Le Premier ministre britannique fixe toutefois une limite claire : pas de réparations financières. Selon lui, les Britanniques d’aujourd’hui ne peuvent pas être tenus pour responsables de torts commis à une autre époque, sous d’autres lois. Il propose plutôt de s’attaquer à la dette des pays en développement, avec l’appui de l’ancien Premier ministre Gordon Brown, qui défend depuis longtemps l’allègement de la dette.

Le précédent onusien

Accra rappelle que cette évolution suit l’adoption, le 25 mars 2026 à l’Assemblée générale des Nations unies, d’une résolution portée par le Ghana. Le texte qualifie la traite transatlantique et l’asservissement racialisé des Africains de « crime le plus grave contre l’humanité ». Il a recueilli 123 voix pour et 3 contre (États-Unis, Israël, Argentine). Il y a eu 52 abstentions, dont celles du Royaume-Uni et des pays de l’Union européenne. Londres reprochait alors au texte d’établir une hiérarchie entre les atrocités de l’histoire. Le communiqué ghanéen juge d’autant plus « rafraîchissante » la nouvelle position britannique.

Cinq exigences

Pour Accra, des excuses ne suffiront pas à « effacer les profondes injustices du passé ». Elles marquent toutefois une rupture avec le déni. Le Ghana énumère cinq points qui doivent selon lui encadrer le dialogue : des excuses formelles ; un engagement international coordonné contre le racisme systémique et l’afrophobie ; des investissements ciblés dans l’éducation, la science, la jeunesse, la résilience climatique et la santé ; la restitution des biens culturels spoliés ; des partenariats de développement pour réformer une architecture économique et financière mondiale jugée inéquitable, dans l’esprit de l’« Accra Reset » et de l’Initiative de Bridgetown.

La dette figure donc dans les deux agendas, ce qui pourrait servir de base aux discussions. Le communiqué reconnaît des « zones de désaccord marqué », mais estime qu’elles ne doivent pas détourner les parties de « l’objectif commun ». Il cite comme cadres de référence les engagements d’Accra, le plan en dix points de la Communauté caribéenne ou Caribbean Community (CARICOM) et les déclarations de l’Union africaine.

Front commun Afrique-Caraïbes

Le Ghana dit agir en « solidarité totale » avec la CARICOM. Les réactions caribéennes vont dans le même sens. La Première ministre de la Barbade, Mia Mottley, a salué la proposition de dialogue tout en relevant les divergences sur les réparations. Son homologue d’Antigua-et-Barbuda, Gaston Browne, a jugé l’annonce bienvenue, mais estime que la position régionale reste inchangée.

Le communiqué rappelle que le Ghana compte le plus grand nombre de forts et de châteaux de traite au monde, dont ceux de Cape Coast, d’Elmina et de Christiansborg. Il rend hommage à Andy Burnham et à son ministre des Affaires étrangères, Ed Miliband, et affirme qu’affronter la vérité historique « n’est pas un signe de faiblesse, mais un acte d’homme d’État ». Le sommet d’Antigua permettra de voir si ce dialogue débouche sur des mesures concrètes.

Par Yaw BOATENG-GYAMFI, à Accra

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