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Pourquoi la ZLECAf devient un enjeu pour l’Afrique

Riche en cobalt, lithium et titane entre autres, l’Afrique attire de nouveau les grandes puissances économiques. Pour Pamela Coke-Hamilton, directrice exécutive du Centre du commerce international, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) peut permettre au continent de mieux valoriser ses ressources et de peser davantage dans ses échanges avec le reste du monde.

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Pamela Coke-Hamilton, directrice exécutive du Centre du commerce international, le 16 septembre 2026 à Genève. ©Fabrice Poro

Avec la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), l’Afrique dispose d’un marché important et dispose de ressources que les grandes économies cherchent à sécuriser. Cobalt, lithium, titane, antimoine. Le continent possède une partie importante des minerais nécessaires aux nouvelles industries. « Chaque pays développé souhaite avoir accès à la richesse africaine », observe Pamela Coke-Hamilton, de directrice exécutive du Centre du commerce international (CCI), a détaillé l’ampleur du choc lors d’un point de presse au Forum public de l’OMC, le 16 septembre 2026 à Genève, en Suisse.

Cette nouvelle compétition intervient alors que l’Afrique tente de renforcer son propre marché. La ZLECAf réunit environ 1,3 milliard de personnes et porte l’ambition de développer les échanges entre économies africaines. Pour la dirigeante du CCI, cette décision de construire un marché continental est « sans précédent ». L’enjeu dépasse pourtant la simple suppression des barrières commerciales.

Sortir du piège des matières premières

Pendant des décennies, le schéma est resté largement le même. Les matières premières quittent le continent à l’état brut. Elles sont transformées ailleurs. Les produits reviennent ensuite sur les marchés africains à des prix plus élevés. Pamela Coke-Hamilton estime que cette logique commence à évoluer. Plusieurs pays veulent désormais imposer une première étape de transformation avant l’exportation. « Il n’est pas nécessaire de fabriquer toute la batterie », explique-t-elle à propos du cobalt. Un pays peut produire un composant et ainsi capter une partie de la valeur créée. Cette transformation peut aussi produire des effets sur l’emploi et les compétences. Le CCI estime que plus de 60 % de la population africaine aura moins de 25 ans dans cinq à dix ans. La question de l’industrialisation devient donc aussi celle de l’insertion économique de cette population jeune.

La ZLECAf ne prendra toutefois son véritable sens que si les produits peuvent circuler facilement entre les pays africains. Coke-Hamilton cite un exemple révélateur. Lors d’un déplacement en Algérie, elle dit avoir rencontré à Amsterdam un ressortissant ghanéen contraint de transiter par les Pays-Bas pour rejoindre l’Algérie. Pour elle, cet itinéraire illustre les insuffisances des connexions africaines. Le chantier porte sur plusieurs fronts. Harmonisation des normes, suppression des obstacles techniques, amélioration des postes-frontières, transport et logistique. La question des visas fait également partie des conditions nécessaires à une intégration effective.

Le déficit d’infrastructures reste particulièrement déterminant. Pour relier les économies africaines, il faudra investir dans les routes, les chemins de fer et les réseaux logistiques. Mais le CCI considère que les retombées potentielles justifient ces investissements.

Des chaînes de valeur à construire

L’objectif est de faire circuler les ressources et les produits à l’intérieur du continent avant de les exporter vers les marchés extérieurs. Pamela Coke-Hamilton évoque un scénario dans lequel le pétrole, le cobalt ou le cuir circuleraient entre plusieurs économies africaines avant d’alimenter des activités industrielles. Les voitures produites pourraient ensuite être commercialisées sur différents marchés du continent.

Une telle organisation modifierait la géographie actuelle de la production. Une matière première africaine pourrait être transformée en Afrique, entrer dans une chaîne de valeur régionale puis alimenter un autre marché africain. « Il n’est pas nécessaire d’envoyer quelque chose en Europe pour le faire transformer avant de le renvoyer en Afrique », souligne la directrice exécutive du CCI.

Pour que cette transformation fonctionne, les Etats devront aussi dépasser les logiques strictement nationales. Coke-Hamilton estime que les pays africains restent souvent concentrés sur leurs intérêts immédiats. Or, selon elle, le développement du commerce intra-africain doit être pensé à l’échelle du continent. Les instruments existent déjà. Le CCI travaille notamment sur les données commerciales, l’Observatoire du commerce africain et les mécanismes permettant aux entreprises d’exporter dans le cadre de la ZLECAf. L’harmonisation des normes et de la qualité fait également partie du dispositif.

Mais l’engagement politique des Etats reste déterminant. Les pays doivent considérer leurs exportations vers le Nigeria, le Ghana, l’Afrique centrale ou d’autres marchés comme un moyen de renforcer leur propre économie, mais aussi celle du continent.

Peser davantage face au reste du monde

Le renforcement du commerce intra-africain pourrait aussi modifier les rapports économiques entre l’Afrique et ses partenaires extérieurs. Un continent capable de transformer davantage ses ressources, de développer ses chaînes de valeur et de faire circuler ses produits sur son propre marché disposerait d’une base économique différente pour négocier avec les autres puissances. C’est précisément le changement de positionnement que Coke-Hamilton appelle de ses vœux. « Le moment est venu de se positionner de manière à placer l’Afrique dans une situation différente de celle qu’elle a connue par le passé », estime-t-elle, dans un contexte qu’elle qualifie de nouvelle « ruée vers l’Afrique ».

La ZLECAf apparaît ainsi moins comme un simple accord commercial que comme un outil pour organiser la production, la transformation et la circulation de la valeur à l’échelle du continent. La bataille se joue désormais sur la capacité de l’Afrique à faire de son marché intérieur et de ses ressources un véritable levier économique.

Par Fabrice PORO, envoyé spécial à Genève

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