Cameroun : pourquoi Maurice Kamto démissionne (encore) du MRC
En l’espace de quelques heures, le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) a perdu ses deux plus hauts responsables. Maurice Kamto, président national du parti depuis sa création en 2012, et son premier vice-président, Mamadou Yakouba, ont tous deux annoncé leur démission dans des lettres adressées à la direction du MRC et publiées sur leurs pages Facebook respectives.

Dans un courrier d’une page daté de ce 8 septembre et publié sur ses réseaux sociaux, le président national du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), le Pr Maurice Kamto a annoncé sa décision de démissionner de ses fonctions. L’opposant et ancien ministre de Paul Biya (2004-2011) explique avoir pris sa décision dans « l’intérêt supérieur du parti », de ses militants et de ce qu’il appelle le « Peuple du changement ». Il précise que son départ prend effet immédiatement, sans donner davantage d’explications sur les motifs profonds de ce choix.
Cette démission met fin à treize années passées à la tête de la formation qu’il a fondée et intervient dans un climat particulièrement tendu. Depuis plusieurs mois, le ministère de l’Administration territoriale dirigé par Paul Atanga Nji, refusait de reconnaître la légitimité de Maurice Kamto comme président du parti dans ses registres officiels, une position qui menaçait de priver le MRC de toute participation aux élections municipales et législatives de 2027. Le contentieux s’était envenimé après plusieurs recours internes, notamment ceux portés par le cadre du parti Willy Mengue, qui contestait la régularité du retour de Kamto à la présidence.
Mamadou Mota dénonce « l’acharnement » du régime
Ironie du calendrier : cette démission survient moins d’un an après la convention extraordinaire du 21 décembre 2025, au cours de laquelle Maurice Kamto avait justement été reconduit à la tête du parti, dans un climat de réaffirmation de fidélité de la part des fédérations.
Quelques instants après l’annonce de Maurice Kamto, c’est au tour de son premier vice-président, Mamadou Yakouba Mota, de rendre le tablier. Dans une lettre manuscrite adressée au secrétaire général du MRC, il annonce sa démission « avec effet immédiat » de ses fonctions. Mamadou Yakouba présente cette décision comme un choix de responsabilité, « mûrement réfléchi » et dicté, selon lui, par « l’acharnement et l’opposition qu’exerce le régime » à son encontre. Il estime que son maintien à son poste pourrait servir de prétexte pour « fragiliser » les activités du parti ou en « bloquer la marche ». Face à cette situation, le désormais ex-premier vice-président dit avoir choisi de se retirer de ses fonctions afin de ne pas devenir « l’instrument » de cet éventuel affaiblissement du mouvement.
Un parti face à l’inconnu
Cette démission ne signifie toutefois pas, assure-t-il, un retrait de son engagement politique. Mamadou Yakouba réaffirme que son attachement aux idéaux du MRC demeure entier et indique qu’il continuera à « servir notre cause à une autre place ». Dans sa lettre, il adresse enfin ses « remerciements chaleureux » aux militants ainsi qu’à l’ensemble du Directoire pour la confiance et le soutien dont il dit avoir bénéficié durant son mandat. Sa démission intervient quelques instants seulement après celle de Maurice Kamto, ouvrant une séquence particulièrement importante pour le MRC.
Ces deux départs simultanés plongent le principal parti d’opposition camerounais dans une zone de turbulence inédite. Aucune indication n’a pour l’heure été donnée sur l’identité des successeurs, ni sur le calendrier de la transition. Le Directoire national est désormais attendu pour constater officiellement la vacance à la tête du parti et enclencher la procédure statutaire de succession.
Reste à savoir si cette double démission apaisera les tensions internes qui minent le MRC depuis des mois, ou si elle ouvre au contraire une nouvelle phase d’incertitude pour la principale formation d’opposition au régime de Paul Biya, à un peu plus d’un an des échéances électorales de 2027.
Par Jean Daniel MVONDO, à Yaoundé




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