A l’ONU, l’Afrique réclame une place à la table des décisions
À l’occasion de la 81e Assemblée générale des Nations unies, qui se tient à New York du 22 au 28 septembre 2026, plusieurs dirigeants africains ont placé la réforme du système multilatéral au cœur de leurs discours. L’Afrique réclame une place permanente là où se décident la paix et la sécurité mondiales. Tour d’horizon de leurs messages.

À la tribune des Nations unies, la revendication africaine a changé de ton. Au fil des interventions de la 81e Assemblée générale, du 22 au 28 septembre 2026, les dirigeants africains ont rarement autant parlé d’une seule voix. Leur message : l’Afrique ne peut plus rester à l’écart des centres de décision internationaux, alors qu’une grande partie des crises examinées par l’ONU la concerne directement. La réforme du Conseil de sécurité revient donc au premier plan. Le continent, qui compte 54 États membres, n’y dispose toujours d’aucun siège permanent. Le président de l’Assemblée générale lui-même, le Bangladais Khalilur Rahman, a appelé à mettre fin à cette sous-représentation, estimant que l’Afrique devait être « à la table » des décisions.
Cette réforme est le symbole le plus visible de la revendication africaine. Le Consensus d’Ezulwini, qui prévoit pour l’Afrique deux sièges permanents avec droit de veto et deux sièges non permanents supplémentaires, reste au cœur des négociations. À New York, les dirigeants africains ont ainsi replacé une vieille exigence au centre du débat. Ils ne demandent plus seulement que l’Afrique soit consultée quand une crise éclate sur son sol : ils réclament une place dans les instances qui décident des réponses.
Reste à savoir si le système multilatéral saura intégrer cette nouvelle réalité sans reproduire les équilibres d’une autre époque. C’est tout l’enjeu de cette 81e session, placée sous le thème « Restaurer la confiance, gérer la transformation ».
Dakar veut sortir du temps du constat
Le Sénégal a donné une formulation précise à cette revendication. À la tribune, le président Bassirou Diomaye Faye a dénoncé le décalage entre la composition actuelle du Conseil de sécurité et les réalités géopolitiques contemporaines. « Nous convenons tous que la composition du Conseil ne reflète pas les réalités de notre temps », a-t-il déclaré. Pour Dakar, le problème dépasse la seule représentation africaine. Il touche à la crédibilité même du système multilatéral. Le chef de l’État sénégalais défend un multilatéralisme plus représentatif et plus efficace. Il estime que les crises actuelles ne peuvent être réglées en fragmentant davantage le système international ou en privilégiant les rapports de force.
« Nous ne construirons pas la paix dans une logique de rapports de force. Nous ne garantirons pas un ordre international juste en substituant la force au droit », a-t-il affirmé. Le Sénégal rattache cette position au Consensus d’Ezulwini, qui constitue la position commune africaine sur la réforme du Conseil de sécurité. Dakar demande aussi à siéger à nouveau au Conseil. Le pays a annoncé sa candidature à un siège non permanent pour la période 2032-2033. Le président sénégalais a par ailleurs élargi le débat aux déséquilibres économiques. Il réclame une réforme de l’architecture financière internationale, un traitement soutenable de la dette, une fiscalité mondiale plus équitable et un meilleur accès aux financements concessionnels.
Le Sénégal demande aussi un engagement collectif plus fort contre le terrorisme au Sahel. Bassirou Diomaye Faye, qui s’exprimait également comme président en exercice de la CEDEAO, a insisté sur le caractère transfrontalier de cette menace. « Le Sahel ne doit pas être abandonné à son triste sort », a-t-il lancé.
Bangui réclame une place permanente
Le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra a inscrit son intervention dans la même logique. Pour Bangui, la réforme du Conseil de sécurité ne peut plus être repoussée. Le chef de l’État centrafricain estime que la structure héritée de l’après-Seconde Guerre mondiale ne correspond plus au monde actuel. « On ne peut pas prétendre représenter le monde de 2026 avec les équilibres de 1945 », a-t-il déclaré.
La Centrafrique défend au moins une représentation permanente de l’Afrique au Conseil de sécurité. Touadéra relie cette demande à la place prise par les crises africaines dans l’agenda du Conseil. Il demande aussi des financements prévisibles pour les opérations de paix conduites par les États africains et un renforcement du partenariat entre l’ONU et l’Union africaine.
Cette position prend une résonance particulière pour Bangui. Le pays reste engagé dans un processus de transfert progressif des responsabilités sécuritaires de la MINUSCA vers les autorités nationales. Les Nations unies soulignent toutefois que les progrès réalisés restent fragiles et nécessitent un accompagnement international durable. Pour Touadéra, la question sécuritaire ne peut donc pas être séparée de celle de la représentation politique.
La Centrafrique défend un mécanisme mondial de prévention et de médiation des conflits doté de ressources prévisibles. Bangui estime que la prévention coûterait moins cher que la gestion tardive des crises. Cette logique rejoint une préoccupation plus large de plusieurs États africains. Le continent demande davantage de moyens pour ses propres mécanismes de paix, mais aussi une meilleure coordination avec l’ONU.
Luanda conteste l’ordre hérité de 1945
L’Angola va plus loin dans la critique de l’architecture internationale. Le président João Lourenço, également président en exercice de l’Union africaine en 2025-2026 selon la période considérée, a dénoncé la persistance d’un système international construit autour des puissances victorieuses de la seconde Guerre mondiale. Son argument rejoint celui porté depuis plusieurs années par l’Union africaine. Le monde a changé, mais la structure du Conseil de sécurité demeure largement fondée sur les rapports de puissance de 1945. L’Angola estime que cette situation ne permet plus de représenter correctement les équilibres actuels. Lourenço a également alerté sur la multiplication des conflits et sur le risque d’une aggravation des tensions internationales.
Cette position n’est pas nouvelle dans la diplomatie angolaise. En tant que président de l’Union africaine, João Lourenço a déjà placé la réforme du Conseil de sécurité et la correction de ce que l’UA qualifie d’injustice historique envers l’Afrique au centre de son agenda.
Abuja réclame deux sièges et le veto
Le Nigeria porte la revendication dans des termes encore plus précis. Dans son intervention à l’Assemblée générale, le président Bola Tinubu, dont le discours a été lu par le vice-président Kashim Shettima, a demandé au moins deux sièges permanents pour l’Afrique au Conseil de sécurité.
Abuja réclame que ces sièges disposent de l’ensemble des droits attachés au statut de membre permanent, y compris le droit de veto aussi longtemps que celui-ci existera. Le Nigeria s’appuie lui aussi sur le Consensus d’Ezulwini et la Déclaration de Syrte. Cette position prévoit deux sièges permanents africains avec droit de veto et deux sièges non permanents supplémentaires.
« Le monde ne peut pas continuer à fonctionner avec une structure de pouvoir datant de 1945 », a fait valoir le président nigérian dans son message. La demande nigériane rejoint donc celle défendue par l’Égypte et d’autres États africains dans les négociations intergouvernementales sur la réforme du Conseil. Le modèle africain prévoit deux sièges permanents avec veto et deux sièges non permanents supplémentaires.
Le Burundi, porte-parole de l’UA
Le Burundi inscrit cette bataille institutionnelle dans une autre revendication. Celle d’une plus grande capacité des États africains à régler eux-mêmes les crises du continent. À New York, le président burundais et président en exercice de l’Union africaine (UA), Évariste Ndayishimiye a appelé à une représentation africaine accrue dans les institutions internationales et à un partenariat plus étroit entre l’Union africaine et l’ONU. « L’Afrique doit être davantage écoutée, mieux représentée et plus étroitement associée aux décisions qui déterminent l’avenir de notre planète », a-t-il déclaré. Le président burundais défend également le principe de solutions africaines aux problèmes africains. Il souhaite renforcer le rôle de l’Union africaine dans la prévention, la médiation et le règlement des conflits.
Cette approche intervient alors que le Burundi occupe une place importante dans les mécanismes africains de paix et de sécurité. Le pays a notamment été associé aux efforts de médiation et de prévention des conflits sur le continent.
La crise dans l’Est de la RDC au menu
Les tensions dans l’Est de la RDC, où le Rwanda est accusé de soutenir l’AFC/M23, ont de nouveau été évoquées à la tribune des Nations unies. Ni le président congolais Félix Tshisekedi ni son homologue rwandais Paul Kagame n’ont fait le déplacement à New York cette année, mais leurs représentants ont une nouvelle fois remis le sujet sur la table. Cette crise dans la région des Grands Lacs illustre concrètement les limites du système actuel. Le Premier ministre rwandais, Justin Nsengiyumva, a estimé que l’ONU avait davantage progressé dans la réponse aux crises que dans leur prévention, citant l’exemple de l’Est de la RDC. Présentant les FDLR comme une menace persistante pour la sécurité du Rwanda, il a plaidé pour une solution politique et salué les accords de Washington entre Kigali et Kinshasa ainsi que le processus de Doha entre la RDC et l’AFC/M23.
La RDC, de son côté, continue de dénoncer l’agression rwandaise et le rôle du M23 dans le conflit. À la tribune de la 81ᵉ session de l’Assemblée générale, la Première ministre congolaise, Judith Suminwa Tuluka, a exhorté la communauté internationale à faire passer des textes aux actes les engagements pour la paix dans l’Est du pays. Elle a dénoncé l’impuissance du système multilatéral et lié l’insécurité à l’exploitation illégale des ressources naturelles. Face à une crise humanitaire qui touche plus de 6 millions de déplacés internes, elle a exigé l’application stricte de la résolution 2773, adoptée le 21 février 2025 par le Conseil de sécurité en réponse à l’aggravation de la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC.
Conakry défend une autre voie de développement
Le discours du président de la Guinée a apporté une autre pièce au débat. Le président Mamadi Doumbouya a défendu l’idée que les États africains doivent pouvoir définir leurs propres modèles de gouvernance et de développement. Il a cité la nouvelle Constitution guinéenne, le financement national du cycle électoral et plusieurs projets économiques, notamment Simandou 2040. « L’Afrique peut, elle aussi, emprunter cette voie », a-t-il déclaré après avoir évoqué les expériences de plusieurs pays asiatiques et du Moyen-Orient. Conakry présente ainsi son expérience comme une illustration d’un partenariat international fondé sur la souveraineté et la co-construction plutôt que sur des modèles importés.
Le discours guinéen rejoint sur ce point celui du Burkina Faso. À New York, le ministre des Affaires étrangères Karamoko Jean Marie Traoré a défendu la ligne souverainiste du gouvernement de transition et de l’Alliance des États du Sahel. Il a dénoncé le paternalisme diplomatique et les sanctions unilatérales et appelé à des partenariats d’égal à égal.




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