{"id":2511,"date":"2026-11-08T15:56:59","date_gmt":"2026-11-08T14:56:59","guid":{"rendered":"https:\/\/lesfaitsdici.com\/?p=2511"},"modified":"2026-11-08T16:19:25","modified_gmt":"2026-11-08T15:19:25","slug":"commerce-africain-quand-linformel-brouille-les-chiffres-des-echanges","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lesfaitsdici.com\/en\/commerce-africain-quand-linformel-brouille-les-chiffres-des-echanges\/","title":{"rendered":"Commerce africain : quand l\u2019informel brouille les chiffres des \u00e9changes"},"content":{"rendered":"<div id=\"bsf_rt_marker\"><\/div>\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Au Cameroun, les importations informelles en provenance des six pays limitrophes ont atteint 265,7 milliards de FCFA en 2024, soit 34,88 % de plus que les flux officiellement enregistr\u00e9s. En Afrique de l\u2019Ouest, les \u00e9changes vivriers non recens\u00e9s d\u00e9passeraient 10 milliards de dollars par an et repr\u00e9senteraient pr\u00e8s de 40 % des produits alimentaires \u00e9chang\u00e9s dans la r\u00e9gion. Ces deux r\u00e9alit\u00e9s mettent en \u00e9vidence les limites des dispositifs statistiques utilis\u00e9s pour mesurer le commerce intra-africain. Alors que l\u2019Organisation mondiale du commerce (OMC) estime que l\u2019Afrique p\u00e8se moins de 3 % du commerce mondial de marchandises, une partie substantielle des transactions r\u00e9alis\u00e9es sur le continent \u00e9chappe encore aux circuits classiques de collecte.<\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img  title=\"\" fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"992\" height=\"661\" src=\"https:\/\/lesfaitsdici.com\/wp-content\/uploads\/2026\/11\/Cameroon-Economy.jpg\"  alt=\"Cameroon-Economy Commerce africain : quand l\u2019informel brouille les chiffres des \u00e9changes\"  class=\"wp-image-2512\" srcset=\"https:\/\/lesfaitsdici.com\/wp-content\/uploads\/2026\/11\/Cameroon-Economy.jpg 992w, https:\/\/lesfaitsdici.com\/wp-content\/uploads\/2026\/11\/Cameroon-Economy-300x200.jpg 300w, https:\/\/lesfaitsdici.com\/wp-content\/uploads\/2026\/11\/Cameroon-Economy-18x12.jpg 18w, https:\/\/lesfaitsdici.com\/wp-content\/uploads\/2026\/11\/Cameroon-Economy-767x511.jpg 767w\" sizes=\"(max-width: 992px) 100vw, 992px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Au Cameroun, les importations informelles en provenance des six pays limitrophes ont atteint 265,7 milliards de FCFA en 2024. \u00a9AFP<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-preformatted\">Par <strong>Fabrice PORO<\/strong>, journaliste et analyste des politiques commerciales mondiales<\/pre>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le <a href=\"https:\/\/lesfaitsdici.com\/en\/?s=OMC\">commerce<\/a> africain souffre peut-\u00eatre d\u2019un probl\u00e8me plus profond que la faiblesse de ses infrastructures, l\u2019insuffisance de ses capacit\u00e9s productives ou les obstacles \u00e0 l\u2019int\u00e9gration r\u00e9gionale : celui de la connaissance m\u00eame de ses \u00e9changes. Une partie importante des marchandises qui circulent entre les pays du continent \u00e9chappe aux circuits officiels de d\u00e9claration. Elles traversent les fronti\u00e8res, alimentent les march\u00e9s et g\u00e9n\u00e8rent des revenus, sans n\u00e9cessairement appara\u00eetre dans les statistiques douani\u00e8res. Cette situation entretient un d\u00e9calage entre l\u2019activit\u00e9 commerciale r\u00e9elle et sa repr\u00e9sentation statistique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les donn\u00e9es disponibles au <a href=\"https:\/\/lesfaitsdici.com\/en\/?s=Cameroun\">Cameroun<\/a> et en <a href=\"https:\/\/lesfaitsdici.com\/en\/?s=Afrique+de+l%E2%80%99Ouest\">Afrique de l\u2019Ouest<\/a> illustrent l\u2019ampleur de cette difficult\u00e9. Dans ces deux espaces, les transactions non enregistr\u00e9es concernent des volumes suffisamment importants pour modifier l\u2019appr\u00e9ciation des relations commerciales entre les \u00e9conomies voisines. Elles r\u00e9v\u00e8lent aussi les limites d\u2019une lecture du commerce africain fond\u00e9e principalement sur les d\u00e9clarations douani\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le Cameroun, r\u00e9v\u00e9lateur du poids des \u00e9changes non enregistr\u00e9s<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le rapport de l\u2019Institut national de la statistique (INS) du Cameroun consacr\u00e9 au commerce transfrontalier informel en 2024, publi\u00e9 en ao\u00fbt 2025, apporte un \u00e9clairage concret sur cette r\u00e9alit\u00e9. Les importations informelles du pays se sont \u00e9tablies \u00e0 265,7 milliards de FCFA, en progression de 5,6 % par rapport \u00e0 2023. Dans le sens inverse, les exportations non enregistr\u00e9es ont atteint 214,98 milliards de FCFA, en hausse de 3,8 %. Il en ressort un d\u00e9ficit commercial informel de 50,7 milliards de FCFA, contre 44,58 milliards un an auparavant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La comparaison avec le commerce officiellement d\u00e9clar\u00e9 r\u00e9v\u00e8le davantage l\u2019ampleur du ph\u00e9nom\u00e8ne. En 2024, les importations formelles du Cameroun en provenance de ses six pays limitrophes \u2014 Nigeria, Tchad, R\u00e9publique centrafricaine (RCA), Gabon, Congo et Guin\u00e9e \u00e9quatoriale \u2014 ont repr\u00e9sent\u00e9 196,99 milliards de FCFA. Les flux informels provenant de ces m\u00eames destinations ont atteint 265,7 milliards. Autrement dit, les importations non enregistr\u00e9es ont repr\u00e9sent\u00e9 134,88 % du niveau des importations officielles, soit un montant sup\u00e9rieur de 34,88 %.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du c\u00f4t\u00e9 des exportations, les ventes informelles camerounaises vers ces six pays se sont \u00e9lev\u00e9es \u00e0 214,99 milliards de FCFA, contre 245,12 milliards pour les exportations formelles. Le commerce non enregistr\u00e9 \u00e9quivaut ainsi \u00e0 87,71 % des ventes officiellement recens\u00e9es vers ces march\u00e9s. Le cas du Nigeria est particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9lateur. Avec les plus de 1 200 kilom\u00e8tres de fronti\u00e8re partag\u00e9s par les deux pays, qui sont pour la plupart poreuses, les exportations informelles camerounaises vers ce voisin, \u00e9valu\u00e9es \u00e0 64,86 milliards de FCFA, repr\u00e9sentent pr\u00e8s de 2,8 fois les exportations formelles, estim\u00e9es \u00e0 22,85 milliards.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces \u00e9carts montrent que les statistiques douani\u00e8res classiques ne rendent compte que d\u2019une partie de l\u2019activit\u00e9 commerciale entre le Cameroun et ses voisins. Le ph\u00e9nom\u00e8ne est loin d\u2019\u00eatre marginal. Il concerne des flux de marchandises suffisamment importants pour modifier la lecture des relations \u00e9conomiques transfrontali\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La r\u00e9partition g\u00e9ographique des \u00e9changes confirme cette r\u00e9alit\u00e9. En 2024, la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord a concentr\u00e9 49,4 % des importations informelles du Cameroun, soit 131,37 milliards de FCFA. Le Nord en repr\u00e9sente 20,8 %, avec 55,36 milliards. Ces deux r\u00e9gions totalisent ainsi plus de 70 % des importations non enregistr\u00e9es. Du c\u00f4t\u00e9 des exportations, l\u2019Extr\u00eame-Nord arrive \u00e9galement en t\u00eate avec 103,51 milliards de FCFA, soit 48,1 % du total. Le Sud-Ouest repr\u00e9sente 23 % des ventes informelles, avec 49,42 milliards.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour mesurer ces flux, l\u2019INS a d\u00fb r\u00e9aliser une enqu\u00eate sp\u00e9cifique dans les sept r\u00e9gions frontali\u00e8res. Le dispositif repose sur des points de passage \u00e9chantillonn\u00e9s, des collectes trimestrielles de dix jours et des extrapolations temporelles et spatiales. Les r\u00e9sultats constituent donc des estimations des transactions informelles et non un recensement exhaustif de tous les \u00e9changes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019exercice reste confront\u00e9 \u00e0 plusieurs difficult\u00e9s, notamment l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 dans certaines zones, l\u2019absence d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et les contraintes rencontr\u00e9es par les \u00e9quipes de collecte pour renseigner les fiches de circulation des v\u00e9hicules. Le recours \u00e0 une enqu\u00eate sp\u00e9cifique montre combien l\u2019int\u00e9gration de ces flux dans les syst\u00e8mes ordinaires de collecte demeure complexe.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><a><\/a><strong>L\u2019Afrique de l\u2019Ouest, autre illustration du commerce invisible<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le ph\u00e9nom\u00e8ne ne se limite pas \u00e0 l\u2019Afrique centrale. En Afrique de l\u2019Ouest, les \u00e9changes vivriers non recens\u00e9s constituent \u00e9galement une composante majeure de l\u2019activit\u00e9 commerciale r\u00e9gionale. Le rapport conjoint de l\u2019OMC et de l\u2019Organisation de coop\u00e9ration et de d\u00e9veloppement \u00e9conomiques (OCDE), publi\u00e9 en octobre 2026 et nourri notamment par les travaux du Club du Sahel et de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest, estime que la valeur de ces flux d\u00e9passe 10 milliards de dollars par an. Ils repr\u00e9senteraient pr\u00e8s de 40 % des produits alimentaires \u00e9chang\u00e9s dans la r\u00e9gion.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Souvent informels, ces \u00e9changes portent notamment sur le ma\u00efs, le riz, les l\u00e9gumes et le b\u00e9tail. Ils relient les zones de production exc\u00e9dentaires du Sahel aux march\u00e9s c\u00f4tiers d\u00e9ficitaires et contribuent \u00e0 l\u2019approvisionnement des centres urbains. Les petits commer\u00e7ants, en particulier les femmes, occupent une place centrale dans ces circuits de distribution. Pourtant, leur activit\u00e9 reste largement sous-repr\u00e9sent\u00e9e dans les donn\u00e9es publiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019importance de ces transactions s\u2019explique aussi par le poids de l\u2019\u00e9conomie alimentaire dans la r\u00e9gion. Selon une \u00e9tude d\u2019Allen, Heinrigs et Heo publi\u00e9e en 2018 et cit\u00e9e dans le rapport OMC-OCDE, cette \u00e9conomie repr\u00e9sente environ deux tiers des emplois en Afrique de l\u2019Ouest. Elle mobilise un vaste r\u00e9seau d\u2019acteurs, des producteurs aux transformateurs, en passant par les grossistes, les transporteurs et les d\u00e9taillants. Dans le m\u00eame temps, la demande alimentaire r\u00e9gionale pourrait atteindre 480 milliards de dollars d\u2019ici 2030.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00e9cart entre l\u2019activit\u00e9 commerciale r\u00e9elle et sa mesure statistique prend ainsi une dimension \u00e9conomique et sociale consid\u00e9rable. Les transactions non recens\u00e9es ne concernent pas uniquement de petites op\u00e9rations isol\u00e9es. Elles participent \u00e0 l\u2019approvisionnement des populations, \u00e0 la valorisation des productions agricoles et \u00e0 la cr\u00e9ation de revenus pour des milliers d\u2019acteurs \u00e9conomiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une enqu\u00eate men\u00e9e aupr\u00e8s de plus de 3 200 commer\u00e7ants dans 32 march\u00e9s de huit \u00e9conomies ouest-africaines, pr\u00e9sent\u00e9e dans le rapport OMC-OCDE, permet de mieux comprendre les raisons de cette faible visibilit\u00e9. Les restrictions commerciales et fiscales sont cit\u00e9es par 42 % des r\u00e9pondants comme leur principale difficult\u00e9. Les proc\u00e9dures aux fronti\u00e8res et l\u2019acc\u00e8s aux pr\u00eats arrivent \u00e0 \u00e9galit\u00e9, avec 40 % des r\u00e9ponses. L\u2019ins\u00e9curit\u00e9 concerne 38 % des commer\u00e7ants interrog\u00e9s, les insuffisances des infrastructures de transport 30 % et le manque d\u2019informations sur les march\u00e9s 20 %.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces contraintes contribuent \u00e0 compliquer le recours aux circuits officiels. Pour les petits op\u00e9rateurs, la multiplicit\u00e9 des formalit\u00e9s, les pr\u00e9l\u00e8vements aux points de passage et les difficult\u00e9s d\u2019acc\u00e8s au financement peuvent rendre les transactions d\u00e9clar\u00e9es plus co\u00fbteuses et moins accessibles. L\u2019informel appara\u00eet alors non seulement comme un angle mort des statistiques, mais \u00e9galement comme une r\u00e9ponse aux contraintes op\u00e9rationnelles qui p\u00e8sent sur le commerce r\u00e9gional.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Des statistiques officielles qui ne racontent qu\u2019une partie des \u00e9changes<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les cas camerounais et ouest-africain soul\u00e8vent une question fondamentale : quelle est la v\u00e9ritable ampleur du commerce entre les pays africains lorsque les transactions non enregistr\u00e9es ne sont pas int\u00e9gralement prises en compte ? Cette insuffisance statistique invite \u00e0 examiner avec pr\u00e9caution les donn\u00e9es relatives \u00e0 la participation du continent au commerce mondial. Dans son Rapport sur le commerce mondial 2026, l\u2019OMC indique que l\u2019Afrique repr\u00e9sente moins de 3 % du commerce mondial de marchandises. Le rapport conjoint de l\u2019OMC et de l\u2019OCDE consacr\u00e9 \u00e0 vingt ann\u00e9es de coop\u00e9ration pour le d\u00e9veloppement du commerce \u00e9voque \u00e9galement une proportion d\u2019environ 3 % pour les exportations mondiales de marchandises africaines. Le directeur g\u00e9n\u00e9ral adjoint de l\u2019OMC, Xiangchen Zhang, a par ailleurs rappel\u00e9, le 27 octobre \u00e0 Gen\u00e8ve, que le continent ne repr\u00e9sentait qu\u2019environ 3 % des exportations mondiales de marchandises et 2 % de celles de services.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces chiffres traduisent une insertion encore limit\u00e9e de l\u2019Afrique dans les \u00e9changes internationaux. Mais leur interpr\u00e9tation doit \u00e9galement tenir compte des limites des syst\u00e8mes de collecte des donn\u00e9es commerciales. Lorsque des marchandises \u00e9chang\u00e9es entre pays africains ne sont pas d\u00e9clar\u00e9es aux administrations comp\u00e9tentes, elles risquent de ne pas \u00eatre int\u00e9gralement prises en compte dans les statistiques nationales utilis\u00e9es pour \u00e9tablir les agr\u00e9gats commerciaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La part de moins de 3 % attribu\u00e9e \u00e0 l\u2019Afrique pourrait donc ne pas restituer toute l\u2019activit\u00e9 commerciale effective du continent. Il ne s\u2019agit pas d\u2019affirmer que les estimations de l\u2019OMC sont erron\u00e9es, ni de leur substituer des extrapolations \u00e0 partir de quelques enqu\u00eates nationales ou r\u00e9gionales. Les donn\u00e9es disponibles montrent toutefois que les transactions non enregistr\u00e9es constituent un angle mort susceptible de conduire \u00e0 une sous-\u00e9valuation de certains flux commerciaux africains.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019exemple camerounais est particuli\u00e8rement significatif : les importations informelles en provenance des pays limitrophes d\u00e9passent les importations formelles provenant des m\u00eames destinations. En Afrique de l\u2019Ouest, les \u00e9changes vivriers non recens\u00e9s p\u00e8seraient plus de 10 milliards de dollars par an. Ces deux situations, observ\u00e9es dans des environnements \u00e9conomiques diff\u00e9rents, mettent en \u00e9vidence une m\u00eame difficult\u00e9 : une partie substantielle du commerce r\u00e9gional se d\u00e9roule en dehors des m\u00e9canismes habituels de d\u00e9claration.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il faut n\u00e9anmoins distinguer les niveaux de mesure. Les donn\u00e9es camerounaises portent sur les \u00e9changes informels avec six pays limitrophes, tandis que l\u2019estimation ouest-africaine concerne les \u00e9changes vivriers de la r\u00e9gion. Aucune de ces deux \u00e9tudes ne permet, \u00e0 elle seule, de recalculer la part de l\u2019Afrique dans le commerce mondial. Elles d\u00e9montrent en revanche que les donn\u00e9es officielles ne suffisent pas toujours \u00e0 rendre compte de l\u2019intensit\u00e9 des relations commerciales entre pays voisins.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Des fronti\u00e8res co\u00fbteuses qui entretiennent l\u2019informel<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au-del\u00e0 du d\u00e9ficit statistique, les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par les commer\u00e7ants contribuent \u00e0 expliquer la persistance de ces circuits. En Afrique de l\u2019Ouest, les barrages routiers, la diversit\u00e9 des r\u00e9glementations commerciales et les restrictions aux \u00e9changes alourdissent les co\u00fbts des transactions. Selon une estimation de la Conf\u00e9rence des Nations unies sur le commerce et le d\u00e9veloppement (CNUCED), cit\u00e9e dans le rapport OMC-OCDE, l\u2019harmonisation des r\u00e8gles commerciales pourrait r\u00e9duire de 30 % les co\u00fbts du commerce au sein de la Communaut\u00e9 \u00e9conomique des \u00c9tats de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest (CEDEAO).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les corridors alimentaires souffrent \u00e9galement d\u2019un manque d\u2019investissements dans les routes, les infrastructures logistiques et les cha\u00eenes du froid. Ces insuffisances compliquent l&rsquo;acheminement des produits agricoles, augmentent les pertes et rench\u00e9rissent les op\u00e9rations commerciales. \u00c0 cela s\u2019ajoute la faiblesse du financement. Un encadr\u00e9 du rapport consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019Africa AgriTrade Coalition \u00e9value \u00e0 plus de 50 milliards de dollars le d\u00e9ficit de financement du commerce agricole africain. Les fili\u00e8res du cacao et de la noix de cajou en Afrique de l\u2019Ouest figurent notamment parmi les secteurs concern\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 2024, l\u2019aide au commerce destin\u00e9e \u00e0 l\u2019agriculture en Afrique a atteint 4,7 milliards de dollars. Depuis 2006, l\u2019initiative Aide pour le commerce a mobilis\u00e9 795 milliards de dollars, selon Pilar Garrido, directrice de la coop\u00e9ration pour le d\u00e9veloppement de l\u2019OCDE. Les d\u00e9caissements ont atteint 51 milliards de dollars en 2024, en hausse de 2 % sur un an. Cette dynamique pourrait toutefois s\u2019inverser : si les tendances actuelles se maintiennent, l\u2019aide bilat\u00e9rale au commerce pourrait diminuer d\u2019environ 22 % entre 2024 et 2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette perspective interroge la capacit\u00e9 des \u00e9conomies africaines \u00e0 financer les infrastructures et les dispositifs n\u00e9cessaires \u00e0 la fluidification des \u00e9changes. L\u2019int\u00e9gration r\u00e9gionale ne d\u00e9pend pas uniquement de la suppression des droits de douane. Elle suppose \u00e9galement des investissements dans les routes, l\u2019\u00e9nergie, les services logistiques, les syst\u00e8mes d\u2019information et les m\u00e9canismes de financement des op\u00e9rateurs.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Corridors et int\u00e9gration r\u00e9gionale : des gains encore \u00e0 concr\u00e9tiser<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le d\u00e9veloppement des corridors commerciaux constitue l\u2019une des r\u00e9ponses mises en avant par le rapport OMC-OCDE. L\u2019autoroute Abidjan-Lagos pourrait, selon les estimations pr\u00e9sent\u00e9es, g\u00e9n\u00e9rer jusqu\u2019\u00e0 16 milliards de dollars d\u2019impact \u00e9conomique. Ce projet illustre le potentiel des infrastructures r\u00e9gionales pour faciliter la circulation des marchandises entre les principaux p\u00f4les \u00e9conomiques d\u2019Afrique de l\u2019Ouest.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les exp\u00e9riences men\u00e9es dans d\u2019autres r\u00e9gions du continent montrent \u00e9galement les gains possibles. Au poste-fronti\u00e8re de Kazungula, entre la Zambie et le Botswana, les d\u00e9lais de d\u00e9douanement sont pass\u00e9s d\u2019un maximum de sept jours \u00e0 16 heures. David Beer, directeur g\u00e9n\u00e9ral de TradeMark Africa, indique que les postes-fronti\u00e8res \u00e0 guichet unique soutenus par son organisation ont permis de r\u00e9duire de 70 % en moyenne les temps de passage. Il souligne cependant que les infrastructures doivent progresser parall\u00e8lement aux syst\u00e8mes num\u00e9riques, \u00e0 l\u2019harmonisation des normes et au dialogue entre les acteurs publics et priv\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces exemples montrent que la r\u00e9duction des d\u00e9lais et des co\u00fbts de passage peut favoriser le recours aux circuits officiels. Mais les r\u00e9sultats d\u00e9pendent de la coh\u00e9rence entre les \u00e9quipements physiques, les proc\u00e9dures administratives et les syst\u00e8mes d\u2019information des pays concern\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Zone de libre-\u00e9change continentale africaine (ZLECAf) repr\u00e9sente, dans cette perspective, un levier majeur. L\u2019accord pr\u00e9voit la lib\u00e9ralisation de 90 % des lignes tarifaires et pourrait accro\u00eetre de 25 % les \u00e9changes intra-africains d\u2019ici 2040, selon les projections cit\u00e9es dans le rapport. Cette perspective reste toutefois conditionn\u00e9e \u00e0 la capacit\u00e9 des \u00c9tats \u00e0 n\u00e9gocier, appliquer et faire respecter les r\u00e8gles commerciales, mais aussi \u00e0 leur aptitude \u00e0 conna\u00eetre pr\u00e9cis\u00e9ment les marchandises qui circulent sur leurs march\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La multiplication des accords commerciaux ne suffira pas si les administrations ne disposent pas d\u2019informations fiables sur les volumes \u00e9chang\u00e9s, la nature des produits, les op\u00e9rateurs et les destinations. L\u2019int\u00e9gration institutionnelle doit donc s\u2019accompagner d\u2019une int\u00e9gration des syst\u00e8mes statistiques et douaniers.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u00a0Am\u00e9liorer la collecte des donn\u00e9es pour mieux construire le march\u00e9 africain<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La premi\u00e8re priorit\u00e9 consiste \u00e0 renforcer les dispositifs statistiques aux fronti\u00e8res. Les enqu\u00eates sur le commerce transfrontalier informel doivent devenir des instruments r\u00e9guliers de mesure, avec des m\u00e9thodes harmonis\u00e9es entre les pays. Les instituts nationaux de statistique, les administrations douani\u00e8res et les banques centrales pourraient ainsi rapprocher leurs donn\u00e9es et am\u00e9liorer la connaissance des flux commerciaux. L\u2019objectif est de r\u00e9duire les \u00e9carts entre les transactions r\u00e9ellement effectu\u00e9es et celles qui apparaissent dans les statistiques nationales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La deuxi\u00e8me priorit\u00e9 concerne la formalisation progressive des petits op\u00e9rateurs. Le renforcement des contr\u00f4les ne peut constituer l\u2019unique r\u00e9ponse. Les \u00c9tats doivent simplifier les proc\u00e9dures de d\u00e9claration, r\u00e9duire les co\u00fbts administratifs et mettre en place des m\u00e9canismes adapt\u00e9s aux transactions de proximit\u00e9. Des march\u00e9s frontaliers structur\u00e9s, des r\u00e9gimes simplifi\u00e9s de d\u00e9claration et des dispositifs de paiement accessibles pourraient favoriser l\u2019int\u00e9gration progressive de ces commer\u00e7ants dans les circuits officiels, sans compromettre leur activit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La num\u00e9risation constitue \u00e9galement un levier important. L\u2019interconnexion des syst\u00e8mes douaniers, la d\u00e9mat\u00e9rialisation des documents commerciaux et le d\u00e9veloppement de plateformes r\u00e9gionales d\u2019information permettraient d\u2019am\u00e9liorer la tra\u00e7abilit\u00e9 des marchandises et de r\u00e9duire les \u00e9carts entre les donn\u00e9es des pays partenaires. La disponibilit\u00e9 d\u2019informations fiables sur les prix, les volumes, les d\u00e9bouch\u00e9s et les conditions d\u2019acc\u00e8s aux march\u00e9s pourrait, en outre, faciliter les d\u00e9cisions des op\u00e9rateurs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, les politiques d\u2019int\u00e9gration doivent s\u2019accompagner d\u2019investissements dans les infrastructures, de la s\u00e9curisation des corridors et du d\u00e9veloppement des capacit\u00e9s productives. Le financement du commerce agricole, l\u2019acc\u00e8s au cr\u00e9dit pour les petites entreprises et la modernisation des cha\u00eenes logistiques sont autant de conditions n\u00e9cessaires pour rendre les \u00e9changes formels suffisamment simples, rapides et comp\u00e9titifs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au fond, le d\u00e9bat sur le commerce africain ne peut se limiter \u00e0 la faiblesse des volumes officiellement enregistr\u00e9s. Il doit aussi porter sur la capacit\u00e9 des institutions \u00e0 mesurer l\u2019ensemble des transactions qui alimentent les \u00e9conomies du continent. Le Cameroun, avec 265,7 milliards de FCFA d\u2019importations informelles en 2024, et l\u2019Afrique de l\u2019Ouest, avec plus de 10 milliards de dollars d\u2019\u00e9changes vivriers non recens\u00e9s par an, illustrent les limites d\u2019une lecture exclusivement douani\u00e8re du commerce r\u00e9gional.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019Afrique pourrait ainsi peser davantage dans les \u00e9changes commerciaux qu\u2019elle ne le laisse appara\u00eetre \u00e0 travers les statistiques disponibles. Mais tant que les flux informels resteront insuffisamment recens\u00e9s, le continent continuera de mesurer imparfaitement sa propre activit\u00e9 \u00e9conomique. Le d\u00e9fi n\u2019est donc pas seulement de d\u00e9velopper le commerce intra-africain, mais aussi de se donner les moyens de le conna\u00eetre, de le quantifier et de l\u2019int\u00e9grer dans les politiques \u00e9conomiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par <strong>Fabrice PORO<\/strong>, journaliste et analyste des politiques commerciales mondiales<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au Cameroun, les importations informelles en provenance des six pays limitrophes ont atteint 265,7 milliards de FCFA en 2024, soit 34,88 % de plus que les flux officiellement enregistr\u00e9s. En Afrique de l\u2019Ouest, les \u00e9changes vivriers non recens\u00e9s d\u00e9passeraient 10 milliards de dollars par an et repr\u00e9senteraient pr\u00e8s de 40 % des produits alimentaires \u00e9chang\u00e9s dans la r\u00e9gion. Ces deux r\u00e9alit\u00e9s mettent en \u00e9vidence les limites des dispositifs statistiques utilis\u00e9s pour mesurer le commerce intra-africain. Alors que l\u2019Organisation mondiale du commerce (OMC) estime que l\u2019Afrique p\u00e8se moins de 3 % du commerce mondial de marchandises, une partie substantielle des transactions r\u00e9alis\u00e9es sur le continent \u00e9chappe encore aux circuits classiques de collecte. Par Fabrice PORO, journaliste et analyste des politiques commerciales mondiales Le commerce africain souffre peut-\u00eatre d\u2019un probl\u00e8me plus profond que la faiblesse de ses infrastructures, l\u2019insuffisance de ses capacit\u00e9s productives ou les obstacles \u00e0 l\u2019int\u00e9gration r\u00e9gionale : celui de la connaissance m\u00eame de ses \u00e9changes. Une partie importante des marchandises qui circulent entre les pays du continent \u00e9chappe aux circuits officiels de d\u00e9claration. Elles traversent les fronti\u00e8res, alimentent les march\u00e9s et g\u00e9n\u00e8rent des revenus, sans n\u00e9cessairement appara\u00eetre dans les statistiques douani\u00e8res. Cette situation entretient un d\u00e9calage entre l\u2019activit\u00e9 commerciale r\u00e9elle et sa repr\u00e9sentation statistique. Les donn\u00e9es disponibles au Cameroun et en Afrique de l\u2019Ouest illustrent l\u2019ampleur de cette difficult\u00e9. Dans ces deux espaces, les transactions non enregistr\u00e9es concernent des volumes suffisamment importants pour modifier l\u2019appr\u00e9ciation des relations commerciales entre les \u00e9conomies voisines. Elles r\u00e9v\u00e8lent aussi les limites d\u2019une lecture du commerce africain fond\u00e9e principalement sur les d\u00e9clarations douani\u00e8res. Le Cameroun, r\u00e9v\u00e9lateur du poids des \u00e9changes non enregistr\u00e9s Le rapport de l\u2019Institut national de la statistique (INS) du Cameroun consacr\u00e9 au commerce transfrontalier informel en 2024, publi\u00e9 en ao\u00fbt 2025, apporte un \u00e9clairage concret sur cette r\u00e9alit\u00e9. Les importations informelles du pays se sont \u00e9tablies \u00e0 265,7 milliards de FCFA, en progression de 5,6 % par rapport \u00e0 2023. Dans le sens inverse, les exportations non enregistr\u00e9es ont atteint 214,98 milliards de FCFA, en hausse de 3,8 %. Il en ressort un d\u00e9ficit commercial informel de 50,7 milliards de FCFA, contre 44,58 milliards un an auparavant. La comparaison avec le commerce officiellement d\u00e9clar\u00e9 r\u00e9v\u00e8le davantage l\u2019ampleur du ph\u00e9nom\u00e8ne. En 2024, les importations formelles du Cameroun en provenance de ses six pays limitrophes \u2014 Nigeria, Tchad, R\u00e9publique centrafricaine (RCA), Gabon, Congo et Guin\u00e9e \u00e9quatoriale \u2014 ont repr\u00e9sent\u00e9 196,99 milliards de FCFA. Les flux informels provenant de ces m\u00eames destinations ont atteint 265,7 milliards. Autrement dit, les importations non enregistr\u00e9es ont repr\u00e9sent\u00e9 134,88 % du niveau des importations officielles, soit un montant sup\u00e9rieur de 34,88 %. Du c\u00f4t\u00e9 des exportations, les ventes informelles camerounaises vers ces six pays se sont \u00e9lev\u00e9es \u00e0 214,99 milliards de FCFA, contre 245,12 milliards pour les exportations formelles. Le commerce non enregistr\u00e9 \u00e9quivaut ainsi \u00e0 87,71 % des ventes officiellement recens\u00e9es vers ces march\u00e9s. Le cas du Nigeria est particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9lateur. Avec les plus de 1 200 kilom\u00e8tres de fronti\u00e8re partag\u00e9s par les deux pays, qui sont pour la plupart poreuses, les exportations informelles camerounaises vers ce voisin, \u00e9valu\u00e9es \u00e0 64,86 milliards de FCFA, repr\u00e9sentent pr\u00e8s de 2,8 fois les exportations formelles, estim\u00e9es \u00e0 22,85 milliards. Ces \u00e9carts montrent que les statistiques douani\u00e8res classiques ne rendent compte que d\u2019une partie de l\u2019activit\u00e9 commerciale entre le Cameroun et ses voisins. Le ph\u00e9nom\u00e8ne est loin d\u2019\u00eatre marginal. Il concerne des flux de marchandises suffisamment importants pour modifier la lecture des relations \u00e9conomiques transfrontali\u00e8res. La r\u00e9partition g\u00e9ographique des \u00e9changes confirme cette r\u00e9alit\u00e9. En 2024, la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord a concentr\u00e9 49,4 % des importations informelles du Cameroun, soit 131,37 milliards de FCFA. Le Nord en repr\u00e9sente 20,8 %, avec 55,36 milliards. Ces deux r\u00e9gions totalisent ainsi plus de 70 % des importations non enregistr\u00e9es. Du c\u00f4t\u00e9 des exportations, l\u2019Extr\u00eame-Nord arrive \u00e9galement en t\u00eate avec 103,51 milliards de FCFA, soit 48,1 % du total. Le Sud-Ouest repr\u00e9sente 23 % des ventes informelles, avec 49,42 milliards. Pour mesurer ces flux, l\u2019INS a d\u00fb r\u00e9aliser une enqu\u00eate sp\u00e9cifique dans les sept r\u00e9gions frontali\u00e8res. Le dispositif repose sur des points de passage \u00e9chantillonn\u00e9s, des collectes trimestrielles de dix jours et des extrapolations temporelles et spatiales. Les r\u00e9sultats constituent donc des estimations des transactions informelles et non un recensement exhaustif de tous les \u00e9changes. L\u2019exercice reste confront\u00e9 \u00e0 plusieurs difficult\u00e9s, notamment l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 dans certaines zones, l\u2019absence d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et les contraintes rencontr\u00e9es par les \u00e9quipes de collecte pour renseigner les fiches de circulation des v\u00e9hicules. Le recours \u00e0 une enqu\u00eate sp\u00e9cifique montre combien l\u2019int\u00e9gration de ces flux dans les syst\u00e8mes ordinaires de collecte demeure complexe. L\u2019Afrique de l\u2019Ouest, autre illustration du commerce invisible Le ph\u00e9nom\u00e8ne ne se limite pas \u00e0 l\u2019Afrique centrale. En Afrique de l\u2019Ouest, les \u00e9changes vivriers non recens\u00e9s constituent \u00e9galement une composante majeure de l\u2019activit\u00e9 commerciale r\u00e9gionale. Le rapport conjoint de l\u2019OMC et de l\u2019Organisation de coop\u00e9ration et de d\u00e9veloppement \u00e9conomiques (OCDE), publi\u00e9 en octobre 2026 et nourri notamment par les travaux du Club du Sahel et de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest, estime que la valeur de ces flux d\u00e9passe 10 milliards de dollars par an. Ils repr\u00e9senteraient pr\u00e8s de 40 % des produits alimentaires \u00e9chang\u00e9s dans la r\u00e9gion. Souvent informels, ces \u00e9changes portent notamment sur le ma\u00efs, le riz, les l\u00e9gumes et le b\u00e9tail. Ils relient les zones de production exc\u00e9dentaires du Sahel aux march\u00e9s c\u00f4tiers d\u00e9ficitaires et contribuent \u00e0 l\u2019approvisionnement des centres urbains. Les petits commer\u00e7ants, en particulier les femmes, occupent une place centrale dans ces circuits de distribution. Pourtant, leur activit\u00e9 reste largement sous-repr\u00e9sent\u00e9e dans les donn\u00e9es publiques. L\u2019importance de ces transactions s\u2019explique aussi par le poids de l\u2019\u00e9conomie alimentaire dans la r\u00e9gion. Selon une \u00e9tude d\u2019Allen, Heinrigs et Heo publi\u00e9e en 2018 et cit\u00e9e dans le rapport OMC-OCDE, cette \u00e9conomie repr\u00e9sente environ deux tiers des emplois en Afrique de l\u2019Ouest. Elle mobilise un vaste r\u00e9seau d\u2019acteurs, des producteurs aux transformateurs, en passant par les grossistes, les transporteurs et les d\u00e9taillants. Dans le m\u00eame temps, la demande alimentaire r\u00e9gionale pourrait atteindre 480 milliards de dollars d\u2019ici 2030. 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