Africains, décolonisons nos mentalités !
On peut ne pas apprécier les méthodes du capitaine Ibrahim Traoré, arrivé au pouvoir par la force au Burkina Faso, en renversant le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba en septembre 2022. Soit ! Mais, en tant qu’Africains, panafricanistes et promoteurs des valeurs chères au continent, certaines de ses initiatives méritent qu’on s’y arrête. Si elles rappellent à bien des égards le capitaine Thomas Sankara, emblématique président du Burkina Faso de 1983 à 1987, le président Traoré marque à son tour les esprits.

Né quelques mois après l’assassinat de Thomas Sankara, il y a 39 ans, le chef d’État de 38 ans ne l’a pas connu. Mais « IB » apparaît comme l’un des héritiers de celui qui, par ses prises de position et ses discours, a marqué le Burkina Faso et l’Afrique en appelant à changer de grille de lecture sur la marche du monde. En novembre 2024, « IB » change la devise du pays : « Unité – Progrès – Justice », en vigueur depuis 1997, est abandonnée au profit d’une formule emblématique du capitaine Sankara : « La Patrie ou la mort, nous vaincrons ! »
Ce mois d’octobre 2026 marque une nouvelle étape de la démarche du président Traoré. En s’attaquant au contenu des programmes scolaires, le président du Faso prépare le Burkinabè de demain : un citoyen sans complexes, respectueux d’autrui, mais sûr de ses valeurs et de ses qualités.
Haro sur des expressions désobligeantes
Pour l’année scolaire 2026-2027, les autorités burkinabè ont engagé un processus de « décolonisation » de l’histoire enseignée. Dans une déclaration faite le 7 septembre 2026, le ministre de l’Enseignement secondaire et de la Formation professionnelle et technique, le Pr Moumouni Zoungrana, a estimé que les cours d’histoire et de géographie contenaient « des expressions qui ne nous honorent pas ».
La réforme des curricula concerne en priorité l’histoire, la géographie et l’éducation civique. Les expressions « petit pays », « pauvre » ou « enclavé » disparaîtront des manuels scolaires burkinabè. En géographie, les mots « problèmes » ou « faiblesses » devront désormais céder la place, en classe, à « opportunités » ou « défis ».
En histoire, de nouveaux chapitres font leur apparition, comme la création de la Confédération des États du Sahel ou un autre intitulé « Prédation des ressources naturelles du Faso par l’Occident ». Plusieurs termes doivent par ailleurs être corrigés : il faut désormais parler d’« envahisseur » et non plus de « colonisateur », d’« espion » plutôt que d’« explorateur ».
Certains y verront le risque de substituer un récit à un autre, voire de troquer une vision partiale de l’histoire contre une autre. L’objection mérite d’être entendue. Les élèves burkinabè devront apprendre à nommer sans complaisance ce que fut la conquête coloniale. Ils devront aussi garder intact l’esprit critique, qui reste la première arme de tout citoyen libre. Mais nommer les choses du point de vue de ceux qui les ont subies n’est pas une falsification. C’est un rééquilibrage longtemps attendu. Le premier président noir de l’Afrique du Sud, Nelson Mandela, disait que « l’éducation est l’arme la plus puissante que vous pouvez utiliser pour changer le monde ».
Pour accompagner les enseignants dans ce changement de paradigme porté par la Révolution progressiste populaire, un guide de 190 pages détaillant la nouvelle manière d’enseigner leur a été distribué.
Suppression des concours de beauté
Cette mesure, pensée pour le long terme, s’ajoute à une série de décisions. En juin 2026, le ministère de la Culture a ordonné la suspension de l’ensemble des concours de beauté. En remplacement, le chef de l’État a institué un concours d’excellence scientifique réservé aux bachelières. Les lauréates ont été reçues le 21 septembre par le président Traoré. L’objectif est double : orienter davantage les jeunes filles vers les filières scientifiques et cultiver leur patriotisme.
« IB » est allé plus loin encore, en interpellant les religieux. Selon lui, certains prêches n’éveillent pas les consciences. Il a déploré que des guides religieux, imams, pasteurs ou prêtres, prêchent l’inaction en invitant les jeunes à attendre un miracle ou une aide divine. « Dieu n’accompagne pas ceux qui ne se battent pas », a-t-il lancé.
Ces mesures, jugées populistes par ses détracteurs et dans les capitales occidentales, sont particulièrement appréciées dans les milieux panafricanistes. Loin de nous l’idée de cautionner tous les actes posés par « IB ». Mais, quoi qu’on en dise, ces déclarations chocs et ces appels à la prise de conscience ne sont pas de vains mots.
Changer de paradigme, d’angle de vue ou de grille de lecture face à des pratiques souvent séculaires passe par ce genre de piqûres de rappel. Ces sursauts, ces déclarations, ces actes ne tombent pas dans l’oreille d’un sourd. Et « IB » en est conscient. C’est pourquoi il mise sur la jeunesse, sur les élèves et les éducateurs, pour un changement en profondeur. Afin de « décoloniser » les mémoires et, au-delà, les mentalités.
Le Burkina Faso a ouvert une brèche. Aux autres nations africaines de mesurer combien leurs propres manuels, leurs propres mots, continuent de les enfermer dans le regard d’autrui.
Par Les Faits D’Ici




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